[MACADAM COWBOY] John Schlesinger, 1969

Un jeune et beau texan débarque à New York pour y devenir gigolo, mais il fait une mauvaise rencontre qui le plonge dans le monde de marginaux. Requiem for a dream à mort.

PAR PAIMON FOX

Joe Buck (Jon Voight), cow-boy moderne blond et beau gosse, quitte sa petite bourgade du Texas pour monter à New York, où il espère se faire entretenir par des femmes riches. Mais la dureté de la ville lui fait rapidement perdre ses illusions. Seul, sans un sou, il fait la connaissance de Ratso Rizzo (Dustin Hoffman) un petit Italien chétif, boiteux et tuberculeux. Parce que ce dernier a l’air encore plus seul que lui, Joe accepte de partager son appartement miteux. À l’opposé l’un de l’autre, ils partagent pourtant la même misère dans les bas-fonds new-yorkais, s’accrochant au même rêve: partir vivre sous le soleil de Floride. Even cowboy gets the blues.

Commençons par une petite anecdote un peu honteuse comme on les adore. Lorsqu’on lui a proposé d’adapter le roman de James Leo Herlihy, le cinéaste anglais John Schlesinger, à qui l’on doit entre autres le formidable Marathon Man (1976), aurait d’abord été sceptique et vraiment dit: «Mais ça va intéresser qui, l’histoire chiante de deux pédés?«. Schlesinger affirmera plus tard que le roman qui lui a inspiré Macadam Cowboy est celui de la réalisatrice yougoslave Zivojin Pavlovic, Kad budem mrtav i beo, sorti en 1967 (soit deux ans avant la sortie de ce film). Ce qui est sûr, c’est que le livre de James Leo Herlihy était plus explicite que le film sur la sexualité des deux protagonistes, d’autant que, comme l’homosexualité ne pouvait pas être traité plus explicitement, leur attirance s’expliquait aussi par le besoin de compenser la solitude et l’aliénation propres à la vie urbaine. C’est de ça dont parle Macadam Cowboy, des années avant des films comme My Own Private Idaho de Gus Van Sant et Mysterious Skin de Gregg Araki qui traitent de la prostitution masculine mais aussi de l’angoisse propre aux mégalopoles et au rêve américain déçu. Soit l’histoire d’un plongeur texan qui pense faire fortune en devenant gigolo à New York et qui, en fait de filles, tombe sur un boiteux en voie de clochardisation.

Jouant ici un tubard au pied bot, Dustin Hoffman n’a jamais caché qu’en bon jeune premier sorti du Lauréat de Mike Nichols, il avait assez mal vécu l’expérience, craignant qu’elle ne porte préjudice à sa carrière – pour lui refaire une réputation, son agent l’a forcé à accepter de jouer dans John et Mary face à Mia Farrow. C’est dommage car ses efforts déployés au moment du casting tenait du génie: afin de casser son image un peu trop lisse, Hoffman avait donné rendez-vous au responsable du casting de Macadam Cowboy à Manhattan, déguisé en sans-abri. Arrivé au lieu de rendez-vous, ledit responsable n’a pas reconnu cet homme qui faisait la manche, jusqu’à ce qu’il s’avance vers lui et révèle la supercherie. De même, pendant le tournage, il a poussé extrêmement loin la méthode Actors Studio: Hoffman conservait des cailloux dans sa chaussure afin de boiter toujours de la même façon à l’écran. On est Brando ou on ne l’est pas.

De même, la scène où Dustin Hoffman manque de se faire renverser par un taxi est entièrement improvisée. L’équipe n’avait pas obtenu l’autorisation de couper la circulation pour le tournage, et une caméra filmait discrètement la rue depuis un van. Lors d’une prise, un taxi a véritablement forcé le passage après avoir grillé un feu rouge. Toujours dans son personnage malgré une belle frayeur, Dustin Hoffman s’est exclamé : «We’re walking here!». Pire (ou mieux): au cours d’une répétition, il a toussé tellement fort qu’il a vomi sur les bottes de Jon Voight. Celui-ci n’était pas très content, d’ailleurs: si ça continuait, il risquait de se faire voler toutes les scènes.

En adaptation ce roman écrit en 1965 pour le cinéma, les auteurs du scénario ont insisté sur ce lien afin de minimiser le côté trop sexuel. L’interprétation aidant, c’est sans doute le fait de ne pas avoir été trop brutal pour les spectateurs d’alors que le film a remporté un vrai succès lors de sa sortie. Pour autant, Macadam Cowboy n’est pas un film faux-cul. Le sous-texte homo est loin d’être évacué pour autant: il y est fait explicitement allusion à plusieurs reprises. Joe Buck (Jon Voight) fait des passes avec des homos et lorsqu’il n’arrive pas à honorer la femme (Brenda Vaccara), elle lui suggère qu’il est peut-être gay. Et lorsque Ratso Rizzo (Dustin Hoffman) lui fait remarquer doucement que son costume de Village People avant l’heure attire davantage les hommes que les femmes, le naïf Buck réplique: «Et John Wayne, il était pédé peut-être?«. Drôle d’anecdote: les deux acteurs ont été nommés aux Oscars cette année mais c’est John Wayne qui a reçu la récompense pour son rôle de vieux marshall borgne dans 100 dollars pour un shérif de Henry Hathaway.

A sa sortie, Macadam Cowboy fut classé X (strictement interdit aux moins de 17 ans) parce qu’il traitait de façon frontale de la décadence urbaine. L’année d’après, le film recevait les Oscars du meilleur film, du meilleur scénario ou encore de la meilleure musique signée John Barry, incitant le bureau de classification à revenir sur son jugement. Une ironie qu’elle est chaos et qui achève de rendre Macadam Cowboy faussement mainstream vraiment chaos.

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