Louis Malle de retour en salle (avec des merveilles chaos)

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On n’en finit plus de trouver le Malle génial, et de piocher chaque année dans une DVDthèque qu’on croit connaître de divins items à peu près plus actuels que 90 % des choses qui abreuvent nos écrans (malades) chaque semaine. Après un paquet de 6 films remis à neuf l’an dernier, Malavida rempile avec la triple ressortie de Lacombe Lucien, Au revoir les enfants et Milou en mai, restaurés en 4K par la Gaumont.

Si les deux premiers, dans la France occupée, ont marqué leur époque, le dernier demeure une comédie chorale méconnue, alliage décapant entre Chabrol, Buñuel et le Ozon des débuts (pas le bonhomme sirupeux qu’il deviendra par la suite!) Une vieille dame s’éteint dans une grande demeure du Sud-Ouest. Son fils Milou (Michel Piccoli), qui s’occupe de la propriété, convoque toute la famille pour l’enterrement. Mais en ce mois de mai 1968, la France est en pleine révolution. Et la cellule familiale, moment dramatique bien connu, se craquelle quand vient l’heure de discuter héritage et actes notariés. Miou-Miou campe une bourgeoise peroxydée à des années-lumière de sa période Valseuses, Dominique Blanc joue la lesbiche mise au rebut dont les mauvaises mœurs pètent à la figure au moindre accroc à table, quand Michel Duchaussoy détonne en correspondant du Monde arrogant, arrosant de supériorité chacun de ses commentaires sur l’époque (les grévistes comme les gauchistes en prennent évidemment pour leur grade).

D’autres surprises qu’on ne vous révèlera pas pimentent ce casting, mentionnons juste un Bruno Carette merveilleux en camionneur-débardeur assénant des discours très simplistes sur les communistes, avec à peu près la même subtilité que la classe politique bac+12 aux manettes en 2023. Ponctué par le jazz joyeux de Grappelli et de ses disciples (comme Carette, le jazzman est mort avant la sortie du film), coécrit avec un Jean-Claude Carrière qui avait manifestement bouffé du chien, Milou en Mai vire à la fable Ferrerique dans sa dernière demi-heure et s’impose comme l’un des objets des plus inspirés sur le monde faussement souriant dans lequel vous vous réveillez chaque matin. Un chef-d’œuvre évidemment chaos. G.R.

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