Face à la concurrence d’un certain Jesus (Franco), Jose Ramon Larraz a rarement eu l’occasion de donner du souffle dans le cœur des bisseux de tous poils. Il faut bien sûr revoir Symptoms, un Répulsion rural et cotonneux qui a probablement beaucoup inspiré Peter Strickland pour The Duke of Burgundy, The Coming of Sin et son triangle amoureux à cheval qui finit mal ou Vampyres et ses ébats vampiriques qui donnent envie de se palper le front humide. Avant une poignée de séries Z eighties tout de même moins fréquentables (les slashers faisandés Deadly Manor et Edge of the Axe, ou le très camp Rest in Pieces où le fantôme de Dorothy Malone fait bouh derrière les fenêtres), le réalisateur espagnol constamment ballotté entre son pays natal et l’Angleterre réunit un peu le meilleur des deux mondes pour Los ritos Sexualos del diablo, plus sobrement intitulé Black Candles.
L’affiche originale n’aura pas échappé à certains coquins, avec son mage body-buildé soupesant une proie sacrificielle, alors que des femmes nues le guettent au loin, à quelques mètres d’un bouc au regard goguenard. Soit une évocation de tout un imaginaire de la sexy messe noire, qui a hanté sans relâche le cinéma bis des années 70 un peu partout dans le monde. Il faut croire que la description que faisait Huysmans de ces cérémonies impies dans son chef d’oeuvre Là-bas, où ça forniquait sec sous l’ombre d’une statue de Jésus en pleine érection, a donné quelques chaleurs aux cinéastes d’exploitation. On peut d’ailleurs aisément rapprocher Black Candles de Escalofrio/Satan’s Blood, autre film espagnol satanique qui nique et très enclin à faire monter la température. Larraz y retrouve la même atmosphère moite, vaporeuse et maléfique, mais décide d’augmenter la dose de stupre. De son propre aveu, ses acteurs ne sachant pas jouer, il valait mieux les faire sauter dans un lit!
Il ne faudra donc pas s’attendre à de grandes effusions horrifiques, car ici, ça baise avant tout: débarquant en Angleterre après la mort de son frère – en réalité tué par un ensorcellement piquant –, la très rigide Carol se méfie de son hôte, adepte des bougies noires, les fameuses utilisées – dit-on – pour un usage pas très catholique. La nigaude aura bien raison puisque tout le monde autour d’elle cherche à la faire rejoindre une secte satanique dont le principal but semble pratiquer la bête à deux dos. Habitée de ténèbres voluptueuses et bleutées, l’image semble vivre la tombée de la nuit à chaque instant. Et les acteurs, eux, semblent vraiment s’abandonner dans des scènes à la frontière du hard, où la présence de gants en velours, de bottes ou de perles, ajoutent une délicieuse dimension fétichiste. On y va les pieds et les mains en avant, comme l’héroïne qui, à peine arrivée, fait l’amour à son mari sous l’œil dissimulé de son hôtesse voyeuse, puis rêve de se faire trombiner par son propre frère défunt.
Ce que Larraz réussissait dans Vampyres et Coming of Sin, on le retrouve ici: une sorte de fièvre sexuelle qui touche tout le monde, qui ne triche pas, qui agite et qui trouble. Quasiment pas une seule scène sans que quelqu’un s’offre une galipette, jusqu’au point de non retour: un rituel à même la paille lors duquel une demoiselle se fait ravir par un bouc en rut! Seul éclair mortel à ces moments de débauche: un traître dodu, après avoir vu sa femme honoré sous ses yeux fatigués, finira sodomisé à coup d’épée. Bonne ambiance, on vous dit. Flammes vacillantes, bagues brillantes, corps pressés: Larraz conduit une symphonie où la chair se démultiplie en autant de notes. La conclusion, facile, laisse penser que tout cela ne fut qu’un long et formidable songe sexuel.
Titre original: Los Ritos Sexuales Del DiabloRéalisation: José Ramón Larraz Année: 1982 Origine: Espagne Durée : 84 min. |
Titre original: Los Ritos Sexuales Del Diablo

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