« Lorelei and the laser eyes » développé par Simigo: un sublime puzzle game sous influence d’Alain Resnais

Et si le jeu vidéo de l’année était un puzzle game abscons en noir et blanc situé dans un manoir d’Europe centrale et inspiré par L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais? Développé par Simogo, le studio suédois de Simon Flesser et Magnus Gardebäck, édité par Annapurna Interactive, Lorelei and the Laser Eyes fait le grand écart avec le pop et pimpant Sayonara Wild Hearts sorti en 2019. Plutôt qu’un jeu court et bourré autant d’action que de gameplay différents, les deux game designer ont opté pour une expérience à la fois archaïque et infiniment moderne, revisitant les heures chéries de la PlayStation et du CD-ROM à l’ère des récits meta.

Vous débarquez en pleine nuit de janvier 1963, dans un ancien hôtel en Hongrie, le Letztes Jahr, reconverti en demeure (hantée?) pour artiste excentrique, suite à l’invitation du réalisateur d’avant-garde italien Nero Renzo afin de collaborer sur la création d’une œuvre immortelle. Qui êtes-vous? C’est à vous de le découvrir, ainsi que tous les autres mystères qui pullulent dans cet étrange manoir: Qui est cette femme aux yeux lasers allongée dans votre lit dans la chambre 2014? Que se cache-t-il derrière les portes 1932, 1938, 1962 ou celles aux revolvers? Qui est Lorenzo le magicien? Qui est cette fille au masque de hibou ? Qu’est-ce qui se trouve au centre du labyrinthe derrière le miroir? Où se trouve le superordinateur OCU-3 System KLB electronics?

Muni de ses seuls joysticks et boutons d’interaction avec les éléments du décor – le même que pour ouvrir l’importantissime menu du jeu – le joueur traverse les différentes salles de l’hôtel, et résout des énigmes et puzzles pour en ouvrir toutes les portes, casse-têtes ou mécanismes pourvoyeurs d’accessoires ou indices. Tout l’hôtel est en fait un gigantesque puzzle entêtant qui vous inonde d’informations, constituant une base de données considérable qui sera accessible à partir de quelques clics dans le menu, et dont les mystères semblent tournés autour des mêmes éléments (dates, signes, noms, prénoms), réinterprétés à l’excès (chiffres romains, zodiaques, énigmes visuels). Lorelei and the Laser Eyes est certes exigeant, et des joueurs érudits auront peut-être une longueur d’avance, mais le jeu ne vous abandonne jamais tout à fait et vous fournit assez rapidement les clés de son univers. Pour en comprendre l’histoire complexe et surréaliste, encore faut-il faire preuve d’ouverture. Et pour y parvenir, il est conseillé de suivre les recommandations du «guide» trouvés dans la boîte de la voiture à l’entrée du manoir: munissez-vous d’un carnet de notes.

Si Lorelei and the Laser Eyes est un jeu nébuleux, il se donne tous les moyens pour séduire et retenir le joueur. En dehors de son design policé et flatteur, jonché de surimpressions et effets visuels, les amoureux du premier Resident Evil (les créateurs citent également Metroid et The Legend of Zelda) reconnaitront l’influence que ce classique du survival horror a eue sur les créateurs. Du manoir aux portes à déverrouiller, en passant par le déplacement à travers chaque pièce/tableau, jusque dans la gestion venue d’un autre temps du menu et de l’inventaire. En sus, Lorelei and the Laser Eyes se paie quelques moments de flippe, lorsque le joueur se retrouve poursuivi par des fantômes à tête de labyrinthe. Nul autre choix que d’aller à leur rencontre pour participer à une devinette mortelle. Gare à la mauvaise réponse.

Plus qu’un simple jeu d’énigmes, Lorelei and the Laser Eyes est une réflexion sur l’art, sur le capitalisme dans l’art, ce qu’il en coûte de créer, et sur les accointances malsaines entre folie et création. Les interactions, d’abord énigmatiques, puis carrément dérangeantes avec Renzo/Lorenzo, font partie des moments les plus mémorables du jeu, sous influence lynchéenne. Il n’y a pas que les temporalités qui se télescopent dans Lorelei and the Laser Eyes, également l’histoire du jeu vidéo – par procédé de mise en abyme, le joueur rejoue à des versions CD-ROM et PlayStation du jeu – et l’histoire de l’art en général. Tableaux, affiches de film et installations se révèlent être des casse-têtes, quand parfois le jeu demande au joueur de regarder des petits films sur un écran de télévision ou projetés sur une toile, voire carrément de tenir une caméra pour résoudre des énigmes. On ressort troublé et comme hanté par cette aventure singulière. La marque des chefs-d’œuvre.

Les articles les plus lus

« Plus forts que le diable » de Graham Guit : violemment has-been

Valentin, un homme paumé et fauché, retrouve son fils...

« Silver Pines » : une bande annonce de gameplay pour ce Twin Peaks en jeu vidéo qui fait parler la poudre

Distribué par l’éditeur Team17, bien connu pour son copieux...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!