Il existe, dans le cinéma d’exploitation japonais, une zone frontalière où la transgression cesse d’être un simple exercice de provocation gratuite pour devenir l’instrument d’une interrogation autrement plus vertigineuse sur la nature même de l’acte créateur. Lolita: Vibrator Torture de Hisayasu Sato, sorti au crépuscule du cycle Roman Porno de la Nikkatsu, appartient pleinement à cette catégorie des œuvres qui utilisent l’abjection comme langage « métaphysique ». Sato, artisan prolifique du pinku eiga dont Splatter: Naked Blood et The Bedroom avaient déjà révélé l’obsession pour l’horreur corporelle et les noces morbides du voyeurisme et du sadomasochisme, livre ici un film aussi repoussant qu’hypnotique, où un photographe torture des lycéennes enchaînées avec un godemichet rotatif avant de les empoisonner et de les photographier agonisantes, tapissant les murs de sa tanière de ces portraits de la souffrance comme autant d’icônes blasphématoires.
Le titre annonce sa couleur, obscène, et le film tient ses promesses de dépravation systématique, multipliant les tabous avec une désinvolture qui sidère : uniformes scolaires fétichisés, victimes qui semblent jouir de leur calvaire, fixation menstruelle assumée, cadavres profanés par des douches dorées… Pourtant, sous cette surface lubriquement nihiliste se dissimule quelque chose d’infiniment plus troublant qu’un simple catalogue de sévices : Lolita: Vibrator Torture fonctionne comme une méditation tordue sur l’art comme quête d’absolu, sur l’artiste comme prédateur métaphysique pour qui le meurtre et la torture ne sont que des moyens au service d’une recherche esthétique qui le dépasse.
Le décor principal, cette chambre des horreurs entièrement recouverte de portraits agrandis de visages tordus par l’agonie, rappelle directement Moju de Masumura où un sculpteur fou séquestrait un mannequin dans son atelier tapissé de sculptures obsessionnelles. Dans les deux cas, l’enlèvement, le viol et le meurtre ne sont pas des fins en soi mais les instruments d’une recherche formelle poussée jusqu’à l’extrême limite du supportable, révélant que derrière la fascination morbide pour la chair meurtrie se cache une interrogation sur les modes d’expression et la captation de l’ineffable. Sato filme cette quête démente avec un soin formel qui contraste violemment avec le budget dérisoire et le calendrier étriqué typiques du genre, éclairant ses scènes de torture avec une élégance plastique qui transforme l’horreur en étrange ballet visuel.
Ce qui rend Lolita: Vibrator Torture impossible à classer, c’est précisément cette collision permanente entre l’abjection la plus crue et une dimension méta inattendue, entre jouissance sadique et mélancolie existentielle, entre spectacle de chair suppliciée et réflexion sur les identités fracturées et fusionnées, qui culmine dans un final énigmatique transformant rétroactivement tout ce qui précède. Trop déroutant pour élire un genre cinématographique précis, le film s’adresse, à mon sens, à cette frange de spectateurs capables de percevoir sous la provocation systématique les contours d’une œuvre autrement plus complexe et dérangeante.
Date de sortie initiale au Japon : 19 septembre 1987Réalisateur : Hisayasu Satō Durée : 1h 3m Distributeur : Nikkatsu Scénario : Shirô Yumeno |
Date de sortie initiale au Japon : 19 septembre 1987


![[JONATHAN] Hans W. Geißendörfer, 1970](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2018/08/jonathan1.jpg)