Yann Gonzalez, réalisateur: « La découverte de Sailor et Lula à 13 ans a été un vrai déclic »

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QUOI DE PLUS CHAOS QUE YANN GONZALEZ? Enfin?! Comment osez-vous poser cette question? Yann, c’est le roi du chaos à qui l’on doit une flopée de courts et un premier long métrage Les rencontres d’après minuit, sorte de Zoo Zero d’aujourd’hui, où la partouze tant convoitée par le synopsis (au cœur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une orgie) se trouvait ailleurs (l’union des solitudes, le silence accompagnant les confessions intimes, la sensualité des voix épuisées de tant de rêves déçus et des désirs frustrés, la renaissance du désir au contact de nouvelles langues et de caresses). Un film de cinéphile amoureux de tous les cinémas, autant épris de Rohmer que de bisseries (Béatrice Dalle en Ilsa louve, CHAOS!) invitant des acteurs d’horizons tous azimuts (Eric Cantona, Alain-Fabien Delon, Niels Schneider, Nicolas Maury ou encore Fabienne Babe, débarquant dans le noir et s’exprimant, tel un téléphone rose psalmodiant du Françoise Hardy) à passer une nuit magique. En écoutant un sublime morceau de John Maus, on peut envisager une utopie possible à plusieurs, redéfinir le monde pour l’affronter avec ce que l’on traîne en soi, jouir dans un décor artificiel avant l’aube, avant la tristesse découlant de la séparation – car il faudra bien se séparer. Dormez. Dormez les yeux ouverts, il le veut !

Quel est votre rapport au cinéma?
Yann Gonzalez : Un rapport viscéral permanent : quand je ne travaille pas sur mes films, je vois ceux des autres. Une obsession qui m’évite d’être trop malheureux en amour : «mon boyfriend, c’est le cinéma» (mais on s’autorise quelques amants).

De manière générale, qu’est-ce que vous préférez au cinéma?
Pleurer. Mais ça m’arrive de moins en moins.

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité, par des séquences précises ou par la simple force des images ?
Plutôt que de films, je citerais quelques cinéastes qui ont fait mon éducation : Bresson, Lynch, Carpenter, Argento, DePalma, Vecchiali, Cronenberg, Fassbinder, Pasolini, Bava, Guy Gilles…

Est-ce que, dans votre parcours de cinéphile, il y a eu un « avant et un » après un film ?
La découverte de Sailor et Lula à 13 ans a été un vrai déclic, une émotion terrassante que je cherche désespérément à retrouver depuis. Autre grand choc, quelques semaines plus tôt : mon premier porno enregistré en douce sur Canal Plus, Derrière la porte verte 2. Je l’ai revu récemment : arty et pas très bandant. Un peu comme mes films, quoi (rires).

En 2050, est-ce qu’on fera encore du cinéma ?
Il y aura toujours un raccord entre deux images, mais est-ce qu’on appellera encore ça «cinéma»?

Votre dernier coup de cœur?
Yann Gonzalez: Réalité de Quentin Dupieux. Enfin un peu de folie dans le cinéma français!

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Un film : Le Loup-garou de Londres de John Landis. Parce que mêler la peur, l’humour et l’émotion avec une telle intensité relève du génie.
Une histoire d’amour : Le Navire night de Marguerite Duras.
Un sourire : Janet Gaynor dans Lucky Star de Frank Borzage.
Un regard : Jenny Wright dans Aux frontières de l’aube de Kathryn Bigelow.
Un acteur : Michel Simon.
Une actrice : Catherine Jourdan.
Un début : La scène de masturbation dans La Loi du désir de Pedro Almodovar.
Une fin : Les cadavres des amants de Contes cruels de la jeunesse de Nagisa Oshima réunis par un split-screen sidérant / L’immolation des adolescentes de Mais ne nous délivrez pas du mal de Joël Séria.
Un générique : Celui du début de Corps à cœur (Vecchiali) sur fond du Requiem de Fauré.
Une scène clé : Le dialogue dans la voiture, juste avant l’aube, entre Michel Delahaye et Ingrid Bourgoin dans Simone Barbès ou la vertu de Marie-Claude Treilhou.
Un plaisir coupable : Mommie Dearest de Frank Perry. Faye Dunaway hystéro, comme possédée par le spectre furieux de Joan Crawford : l’essence du «camp».
Un gag : Le faux Johnny Depp de Tim and Eric’s billion dollar movie.
Un fou rire : Tom Green jouant du synthé à saucisses dans Freddy Got fingered.
Un film malade : La lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix, découvert il y a quelques semaines à la Cinémathèque. C’est un peu raté, mais quelle direction artistique ! Je suis sorti de là en me disant avec nostalgie qu’aucun film, aujourd’hui en France, n’avait une telle ambition en terme de photo, décors, costumes…
Un rêve : La première séquence onirico-saphique de Carole, les salopes vont en enfer de Lucio Fulci.
Une mort : Celle – filmée au ralenti extrême – de Mimsy Farmer dans 4 mouches de Velours gris de Dario Argento.
Une scène de cul : Daniela Silverio + Tomas Milian devant un miroir dans Identification d’une femme de Michelangelo Antonioni. Il la doigte, elle jouit comme une folle, c’est sublime et excitant à mort.
Une réplique: «En tant que putain, mon grand luxe c’est de dormir seule» (Dominique Erlanger dans L’exécutrice de Michel Caputo).
Un choc : La scène scato-frappadingue de L’uomo, la donna e la bestia d’Alberto Cavallone.
Un artiste sous-estimé : Jordan Belson, génie absolu dont je viens de découvrir les bouleversants chefs-d’œuvre cosmiques.
Un traumatisme : La mort de Shelley Winters dans le superbe L’Aventure du Poséidon de Ronald Neame.
Un gâchis : La mort prématurée de Pascale Ogier.
Un souvenir de cinéma qui hante : Aldo Maccione dans Plus beau que moi tu meurs, projeté au cinéma d’Isola 2000 où j’allais skier enfant avec mes parents.
Un film français : Absences répétées de Guy Gilles.
Un réalisateur : Brian DePalma
Allez, un second : Paul Verhoeven
Un fantasme : Ashton Kutcher dans Eh mec, elle est où ma caisse ? de Danny Leiner.
Un baiser : Ryan Phillippe + Heather Graham dans Nowhere de Gregg Araki.
Une bande son : Body Love de Lasse Braun (musique de Klaus Schulze).
Un somnifère : N’importe quel film de Belà Tarr.
Un frisson : Dernièrement, les apparitions des morts dans It Follows de David Robert Mitchell.
Un monstre : Je suis pour l’égalité des sexes (surtout chez les monstres), alors Marcia Gay Harden dans The Mist de Frank Darabont et Erwin Leder dans Schizophrenia de Gerard Kargl.
Un torrent de larmes : Tendres passions de James L. Brooks.

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