Juan Carlos Medina, réalisateur: « Un artiste sous-estimé? Ken Russell! »

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QUOI DE PLUS CHAOS QUE JUAN CARLOS MEDINA? Parce que ce réalisateur franco-espagnol a signé Insensibles, un coup d’essai bien balèze qui, en dépit des références, de Guillermo Del Toro (Le Labyrinthe de Pan) à Agusti Villaronga (Tras El Cristal) en passant par Victor Erice (L’esprit de la ruche), en impose. Au-delà des repères historiques (les expérimentations nazies), de l’allégorie (un personnage pour un pays) et de la dimension horrifique, ce premier film parle surtout de sujets très concrets comme le rapport à la paternité et la filiation, séduit par sa poésie et son art du contre-pied. Dans un environnement manichéen de Guerre Civile, les enfants s’avèrent imperméables à la douleur, les monstres se révèlent humains et les hommes doivent faire la paix avec eux-mêmes pour en devenir. Juan Carlos Medina a travaillé pendant huit ans sur ce projet. Il a laissé à son récit le temps de se déployer, il a pu obtenir des acteurs enfants des perfs assez hallucinantes; et, surtout, il a quelque chose à dire – ce qui n’est pas si fréquent dans le « jeune » cinéma de genre. En l’occurrence, quelque chose de sombre, de pudique, de triste aussi, qui n’appartient qu’aux hommes. Quelque chose que l’on nomme usuellement « manque de communication », ou alors « manque affectif », et qui peut ruiner une vie. A la fin, lorsque le personnage principal arrive au bout de sa quête intérieure et comprend enfin la raison de son mal-être, il peut alors devenir un père pour son enfant; soit devenir un homme. C’est terrible, juste et beau. N’en déplaise à vous, les ronds de cuir !

Juan Carlos, quel est votre rapport au cinéma ?
Juan Carlos Medina:
 Un film se fait dans la tête du spectateur, un grand film est une œuvre d’art totale qui engage les sens, l’intellect, tout l’être. Ce que j’aime, c’est être stimulé, ressentir des émotions, voyager.

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité ou par des séquences précises ?
Pour certains films, oui, il y a «un avant et un après». On quitte la salle en emportant quelque chose avec soi, on est une personne différente. Je dirai Vertigo, Andrei Roublev, Robocop, Casino, Rosemary’s baby, Tess, Barry Lyndon, 2001, Les Enfants du Paradis, L’Armée des Ombres, Memories of Murder, Sonatine, Alien, Blade Runner

Quelle est votre actu ?
J’ai deux projets qui sont avancés en termes de financements et de casting. J’espère tourner en 2015. Autrement je viens d’écrire un nouveau film d’après une idée originale.

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Juan Carlos, c’est l’heure du quiz chaos ! Si je vous dis…

Un film : Coups de feu dans la Sierra (Sam Peckinpah, 1962)
Une histoire d’amour : Lettre d’une Inconnue(Max Ophüls, 1948)
Un sourire : Certains l’aiment chaud
Un regard : Vertigo
Un acteur : Jack Nicholson
Une actrice : Ingrid Bergman
Un clown triste : Dennis Hopper
Un début : Touch of Evil
Une fin : Quand Passent les Cigognes
Un coup de théâtre : Se7en
Un générique : Alien
Une scène clé : Andrei Roublev
Un plaisir coupable : The Rock
Une révélation : Basic Instinct
Un gag : Seven Chances (Buster Keaton)
Un fou rire : Seven Chances (Buster Keaton)
Un film malade : Les Diables
Un rêve : La Porte du Paradis
Une mort : Enter The Void
Une rencontre d’acteur : Donnie Darko
Une scène de cul : L’Amant
Une réplique: « You fucked her? Goddamn dumb son of a bitch, you fucked her! Goddamn, you are one dumb son of a bitch! » (Basic Instinct)
Un silence : Le Silence de La mer
Un plan séquence : Children Of Men
Un choc : Memories of Murder
Un artiste sous-estimé : Ken Russell
Un traumatisme : SE7EN
Un gâchis : Star Wars nouvelle trilogie
Un souvenir de cinéma qui hante : L’exorciste 3
Un film français : La Regle du Jeu
Un réalisateur : Paul Verhoeven
Allez, un second : Roman Polanski
Un fantasme : Kim Novak nue
Un baiser : Notorious
Une bande son : Le Parfum
Une chanson pour le cinéma (et qui n’apparait dans aucun film) : Don’t let me down and down de David Bowie
Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma) : Singing in The Rain
Un somnifère : New York, New York
Un frisson : L’Exorcisme d’Emily Rose
Un monstre : Alien
Un torrent de larmes : Le Tombeau des Lucioles

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