L’INSTANT CHAOS : MICHAEL JACKSON – Thriller

Parce qu’un clip, c’est lorsque la musique commence, et que l’image – et donc le cinéma – prend le relais. Parce qu’un clip c’est un court, c’est un film. Parce qu’un clip ça peut être chaos, très chaos. Surdiffusés, méconnus, scandaleux ou sublimes : éteignez les lumières, montez le son, voilà le chaos en quelques minutes.

Oui oui oui. Oui, on nous balance ce satané clip à chaque période d’Allo Ouine. Oui, on l’a parodié 1 millions de fois. Oui le succès, oui les sous-sous. Oui, vous avez crié Maman en le voyant pour la première fois à la télé. Oui vous avez déjà essayé la choré en soirée ou dans votre chambre (je vous vois). Oui c’est le premier long clip de l’histoire de la musique. OUI on sait. Et pourtant, Thriller est quand même un clip parfait. Encore, toujours, forever. En 1982, il y avait une sensation de nouveauté, de déglingue. Mais surtout, comment s’attendre à ça à l’époque? Comment imaginer le jeune prodige de la Motown, tout de paillettes et d’or, s’accoquiner avec John Landis pour un clip de 13 minutes rendant hommage au cinéma d’horreur? Ou inviter Vincent Price à faire un creepy rap (tronqué d’ailleurs)? Encore aujourd’hui, ce choix de carrière surréaliste paraît toujours aussi chaos. À tel point que MJ devra bien préciser en début de bobine qu’il n’a aucunement dragué les forces occultes. Ah ben mince alors.
À peine sorti de l’illustre Loup-garou de Londres, John Landis y retrouvait le même équilibre entre horreur pure et humour taquin, sans que l’un n’abîme l’autre. Des zombies qui dansent, c’est rigolo. Des zombies qui dansent, ça fait un peu peur aussi. Surtout que Rick Baker y livre sans doute les plus beaux spécimens du genre, réussissant l’exploit de créer une armada de macchabées, tous spécifiques et réalisés avec un amour immodéré. Contrairement à ceux de Romero, ceux-là sentent la terre du cimetière et la brume, comme échappés d’une case des Contes de la crypte. Groovy gloomy.
Landis s’autocite même avec son introduction méta et son chat garou (vous voyez un loup vous sérieusement?), terrifiant les spectateurs d’un ciné diffusant Schlock et Le masque de la mort rouge. Avec sa veste rouge (qu’on a tous voulu) et la playmate Ola Rae au bras, MJ s’offre une chorégraphie monstre, dans tous les sens du terme. Lorsque la danse (macabre) s’arrête et que les morts reprennent leurs esprits, fixant la scream queen dans une parade militaire d’outre-tombe, c’est tout de suite beaucoup moins fun. Et si le visage cadavérique et émacié de MJ était la vision la plus flippante des 80’s? Carrément oui.

Les articles les plus lus

spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!