[L’INSTANT CHAOS] Les 10 clips les plus chaos de 2022

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Comme chaque année, votre fidèle serviteur a écumé les tréfonds de Vevo et de IMVDB pour trouver ce qui pouvait chatouiller le chaos en quelques minutes. Au programme: des habitués, du gore, un robot sexuel, des chanteuses zinzins, des drags-queens, le tout en passant par la France, la Norvège, la Corée du Sud, l’Espagne… On met son casque, on ouvre grand les yeux sur sa fenêtre en 1080p (ou plus) et on déguste.

1. Hideous – Oliver Sim (réalisé par Yann Gonzalez) 
Après son mémorable cruising gouine, notre fidèle Yann Gonzalez revient encore squatter la première place de l’instant chaos! Prévisible? Facile? Et pourtant, on tient là le plus beau geste queer de l’année, à la fois court et clip où le réalisateur des Rencontres d’Après-Minuit accompagne Oliver Sim dans sa mise à nu baroque. La mélancolie, la quête de modèles, le rejet de soi, la peur des autres, l’envie de briller comme une étoile et de disparaître comme tel: on n’avait pas dressé un portrait pédé aussi juste depuis bien longtemps. Le tout avec des tubes cathodiques, des couleurs saturées, des monstres flamboyants, des drags-queens, du fist, et un ange Somerville passant par là, bénissant son héritier dans un ultime acte de réconfort. C’est sidérant, et on en redemande.

2. Profund Mysteries : Stay Awhile/Le rêve – Royksopp & Susanne Sundfor (réalisé par Bianca Poletti)
Royskopp n’a pas chômé et a livré pas moins de trois albums cette année, à savoir les trois volumes du projet Profund Mysteries, où il s’accouple avec de nombreux amis musiciens. Sur le très beau site dédié au projet, on peut découvrir également chaque chanson accompagnée d’un mini-clip (mini, car ne couvrant pas la chanson entière: pourquoi? we don’t know), tous sublimes avouons-le. Il y a les moutons rigolos de This is Maeh/Denimclad Baboons, la marionnette chelou de Speed King, les adorables gosses de Me&Euphoria (pas loin d’être un hommage très electro à l’italo-disco mélancolique qu’on chérie beaucoup ici), le crépusculaire Hour Between/How the flowers grow, le flippé et flippant Black Box/Feel It, le bouleversant et bizarre Therapy/Oh Lover… Mais dans le lot, il est vrai que le plus beau coup de poker vient de Stay Awhile, duo réunissant Royskopp et Susanne Sundfor, où deux désirs se parlent et se répondent au firmament. Son illustration nommé Le rêve se révèle plus ambiguë, évoquant davantage les profonds désirs qu’on ne réalise pas: deux minutes à la beauté fatale.

3. This is not America – Residente ft Ibeyi (réalisé par Gregory Ohrel)
Écho latino au déjà très impressionnant This is America qui avait déchaîné la toile il y a quelques années, ce This is not America du rappeur Residente redouble de rage pour s’en prendre aux puissants et rappeler le feu qui couve chez tous ceux qui étaient là avant que les autres n’arrivent. Brûlot anti-impérialisme américain gorgé d’images hallucinantes que n’aurait pas renié Alejandro Jodorowsky (tango au milieu d’une émeute incendiaires, enfant allaité au travers d’un grillage, Bolsonaro s’essuyant sur un drapeau brésilien, constructions mayas surgissant au grand jour…), le résultat est aussi subtil qu’un parpaing: et c’est exactement ce qu’on lui demande.

4. Saoko – Rosalia (réalisé par Valentin Petit)
Qu’on aime ou pas, impossible de passer à côté de l’ère MOTOMAMI de Rosalia, qui avait squatté moelleusement l’instant chaos il y a quelques années. Toujours dans la logique « plein la gueule » de la jeune ibérique, ces 2 minutes et des poussières dégueulent une idée par plan, dopées à l’énergie façon huile de vidange, passant du jour à la nuit, du ciel à la terre, du vulgaire au classe, avec une maestria impressionnante. Avec Rodeo et Titane pas loin, on se demande si une génération meufs vroom vroom n’est pas en train d’arriver…

5. No Ones dies from love – Tove Lo (réalisé par Alaska)
Devenu très vite une forte tête de la pop actuel, Tove Lo ouvra les festivités de son visual album en s’imaginant star déchue amoureuse de son robot domestique (et par ailleurs féminin), allant jusqu’à se donner le mauvais rôle! Le plaisir du vintage qui n’en fait pas trop et la sensualité qui titille chair et métal dans un délire façon Sorayama donnent du corps à un titre plein de tonus et de mélancolie. Ça se mange sans fin.

6. Bibi – Animal Farm (réalisé par Ojun Kwon)
Voilà une Bibi qui n’est pas du genre à aller «tout doucement». Loin de l’univers plus sucré de ses camarades de classe, cette étoile de la K-pop n’hésite pas à faire explicitement de l’œil dans ses clips à Tarantino ou à Park Chan-Wook, se mettant continuellement en scène en justicière expéditive. Le comble est atteint avec ce Animal Farm où elle bute une armée d’hommes porcs (!!) et revisite le massacre des Crazy 88 de Kill Bill à sa façon. La pop ultra-violente, on ne l’avait pas vue venir celle-là. Forcément chaos.

7. Welcome to my island – Carolina Polachek (réalisé par Matt Copson & Caroline Polachek)
Folle la Caro, vraiment folle. Et quand elle ne crie pas sur les pigeons, elle emballe des clips d’une beauté «bricolée» absolument divine. Toujours plus dingo encore, son Welcome to my island déborde d’une énergie toute katebushienne: le baroque toc, les grands gestes bizarres, les transformations… Et quelle chanteuse peut se targuer d’imiter un volcan en se gerbant dessus ou à danser avec des spermatozoïdes?

8. Gasoline – The Weeknd (réalisé par Matilda Finn)
Peut-être, on dit bien peut-être, que The Weeknd est arrivé au bout de son ego-trip bizarroïde. Car après son era After Hours déjà bien chargée (où on le trouvait imbibé, shooté, décapité puis regonflé), difficile d’aller plus loin que l’auto-destruction assurée de ce Gasoline, où Abel, devenu vieillard grignoté par des fourmis (Bunuel anyone?), se fait fracasser la tronche par son propre doppelganger dans une boite de nuit purgatoire envahie de succubes. Les visions horrifiques, quelque part entre L’échelle de Jacob et Chris Cunningham, semble tout indiquer que rien ne va chez le chanteur. Et ça nous va très bien.

9. Love l’artère – Paloma (réalisé par Olivier Calautti)
Personne n’y croyait et pourtant, la première saison de Drag Race France fut une réussite. Et en guise de célébration, la sortie du clip de la chanson de la grande gagnante Paloma fut une grosse cerise glossy sur le gâteau chantilly: sur une chanson tubesque faisant la nique à toutes les meringues produites par RuPaul, les queens de la saison assassinent une palanquée de spectateurs dans une salle de cinéma (les plus attentifs reconnaîtront le club de l’étoile !). Une ambiance quelque part entre John Waters et Un Couteau dans le cœur (à coup sûr une référence avouée…) qui ne pouvait que nous ravir.

10. Loin de moi le drame – Thx4Crying (Laurens Saint-Gaudens)
Au rayon mimi chaos, le très spleenétique Thx4Crying révélé avec le sublime Fête triste (tout est dit) a réussi à aller au bout de ses envies en brillant avec une épopée chevaleresque toute de cire et de pierres. Son très joli Loin de moi le drame est allé débusquer l’incroyable photographe/réal Laurent de Saint-Gaudens dans un trip bavesque tourné en pellicule avec les moyens du bord. On ne pouvait que soutenir.

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