L’INSTANT CHAOS : LAURA BRANIGAN – Self Control

Parce qu’un clip, c’est lorsque la musique commence, et que l’image – et donc le cinéma – prend le relais. Parce qu’un clip c’est un court, c’est un film. Parce qu’un clip ça peut être chaos, très chaos. Surdiffusés, méconnus, scandaleux ou sublimes : éteignez les lumières, montez le son, voilà le chaos en quelques minutes.

À la question «Mais c’est quoi un clip des 80’s?», on vous répondra Self Control. Et puis voilà. Tout y est. Tout est chaos. Rien que la chanson titre déjà, tube mélancolique et bizarre comme on aime qui est, et on le sait trop peu, une reprise d’un tube d’Italo-Disco datant de la même année! Mais quitte à le dire franchement, on préfère très largement la version de Laura Branigan à celle du brave Raf, beaucoup plus froide. Ah ben oui ma bonne dame, qu’est ce que vous voulez hein.
Self Control est donc un clip chaos pour une sacré bonne raison : on le doit à William Friedkin, qui avait tâté du clip à l’époque avec Wang Chung (il leur devait la b.o de Live & Die in L.A) et Barbra Streisand. Oui oui vous avez bien lu: BARBRA. Chaos surprise un peu quand même. Mais des trois, on retiendra sans aucune hésitation celui de Laura, qui synthétise à merveille tout ce qu’on aimait durant cette décennie. L’image est léchée, trop même. Tout est irréel, flottant, clignotant. Laura se réveille, les jambes écartées sur son canapé, dans un appartement glacé comme la mort. Les couleurs reviennent. Poses improbables, caresses d’un fantôme. Le sexe est partout. La nuit tombe, il faut sortir. Laura s’éclate en boîte, tout en restant aussi photogénique que possible. On adore.
Les eighties, c’est ça : on flingue l’authenticité pour y injecter un bricolage proche du théâtre et du cabaret: les rues sont en carton-pâtes, les fumigènes et les néons sont rois. Fascination pour les masques, les trompes l’oeil, les tissus extravagants et cache-misère. Pour simuler une orgie, des danseurs en body roulent sur du papier alu. Et on y croit. On le sait. Ringard pour les uns, poétique pour les autres : une maquette simule la tombée du jour, et oui, c’est encore étrange et beau.
Laura cherche un truc dans la nuit. Le plaisir sans doute. Elle croise un homme masqué qui la suit. Un masque étrange, recouvrant quasiment le crâne. Des mains sortent des murs, des corps se lovent. Dans la dernière partie, l’homme l’entraîne dans un lupanar et lui fera l’amour. Gants rouges, torse nu. Derrière l’immense façade blanche, un regard profond et impitoyable. Flippant car excitant, excitant car flippant. Des gros plans reviennent sur la Laura des premiers instants, alanguie sur son canapé, qu’on imagine se masturber sans trop d’effort. Fantasme, tout n’est que fantasme. Ou pas sûr. On pense aux films de Stephen Sayadian (aussi bien Cafe Flesh que Nightdreams), au giallo. À l’époque, MTV s’étrangle en voyant le clip et refusera de le diffuser. «I live among the creatures of the night»

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