L’INSTANT CHAOS : BJORK – Pagan Poetry

Parce qu’un clip, c’est lorsque la musique commence, et que l’image – et donc le cinéma – prend le relais. Parce qu’un clip c’est un court, c’est un film. Parce qu’un clip ça peut être chaos, très chaos. Surdiffusés, méconnus, scandaleux ou sublimes : éteignez les lumières, montez le son, voilà le chaos en quelques minutes.

Prêtresse mutante, déesse du bizarre, créature insaisissable, Bjork est une Miss Chaos, indubitablement. Et là encore, rayon clip, on perd la tête: qu’elle soit mariée avec un chat ou qu’elle se métamorphose en robot sexuel, on a le choix. Ce ne sont pourtant pas des mémorables «classiques» de Spike Jonze (Triumph of a heart, It’s so quiet…), de Michel Gondry (Bachelorette, Human Behavior) ou de Chris Cunningham (All is full of love) dont on parlera ici, mais du plus discret Pagan Poetry, qui avait à l’époque déserté MTV because trop dérangeant. Il fallait forcement l’évoquer donc.
Un fil, un rayon de lumière, un espoir: non, une éjaculation. Première image du clip, et déjà on se dit qu’on est servi. Mais peut-être l’a t-on inventé aussi… Des images abstraites se disputent à un home video de Bjork, saturées de CGI transformant le tout en véritables fondues cybernétiques. Derrière les mouvements qui ondulent et la mécanique des fluides, on pense évidemment cul. Oui évidemment. Des aiguilles sous la peau nous ramènent sur terre. Aie. Puis voilà enfin Bjork, surgissant, quasiment nue. Plus on se rapproche de la fin et plus des images de piercings, douloureuses, explicites, se superposent pour mieux nous renvoyer au corps de la chanteuse. Dans un accomplissement baroque, celle-ci porte une robe de mariée cousue à même la peau, crée par feu Alexander McQueen, grand créateur dont l’imagination torturée et décadente ne semblait avoir aucune limite. Image d’une cénobite de luxe, de chair et de perles, qui a oublié la douleur. Pagan Poetry chuchote l’amour inflammable d’une mariée, plus qu’une allusion sm et ténébreuse. Bjork va loin, fera sans doute des envieux. Comme une certaine Lady Gaga qui lui piquera son clippeur et photographe Nick Knight pour un Born This way lui aussi traversé de saillies organiques très éloignées des standards pop.

 

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