Venu de l’ozploitation (Patrick, Déviation Mortelle), accueilli à Hollywood (le très sympathique Psychose 2), Richard Franklin ne garde cependant pas un très bon souvenir de l’expérience de Link. Nous, oui. Une belle variation du mythe du singe tueur, qui disait enfin adios aux vilains macaques en costumes : réfutant les techniques de Rick Baker, Franklin signe pour un casting poilu 100 % authentiques, dont la pantomime a priori amusante ne pourra cacher trop longtemps quelques satanés vices.
Avant de devenir la baby-sitter préférée des ados dans Nuit de Folie, Elizabeth Shue y cavalait en étudiante américaine bon chic bon genre, venue prêter main forte à un prof foufou au beau milieu de la campagne anglaise (Terence Stamp, débraillé, flegmatique et inquiétant). Pour étudier les primates, quoi de mieux que de rassembler un petit trio velu dans un manoir en bord de mer ? Certains des spécimens font preuve d’une agressivité étonnante, mais rien n’égale l’étrange lueur dans le regard de Link, un impressionnant orang-outang repêché d’un cirque. La situation ne tardera pas à dégénérer…
Son décor vivifiant, dont le surréalisme se trouve accentué par le tournage en partie réalisé en studio, ne saurait dissiper totalement la tension qui pèse entre les pièces de ce grand manoir, devenu soudainement le territoire d’animaux qu’on associe rarement au danger. Mais en bon australien qu’il est, Franklin sait empoisonner l’air petit à petit, jusqu’au final explosif louchant vers le slasher énervé : la steadicam folle qui cavale au petit bonheur la chance et traverse les murs, le crépuscule carton-pâte plongeant l’atmosphère dans une faille spatio-temporelle… et quel plan final ! Jerry Goldsmith, possédé par un feu dément, en profite pour signer une partition démoniaque et bizarroïde, évoquant son futur travail sur Gremlins 2: pure cerise sur le gâteau. Au titre de série B 80’s carrée, maligne et inquiétante, autant dire que Link s’assure une belle place de choix.
Tripoté lourdement par les studios et les distributeurs, Link a été dispersé aux quatre coins du monde dans plusieurs montages, avec de séquences sucrées pour l’occasion. Pauvres Français que nous sommes, nous avions donc accès à un montage comprenant certaines scènes inédites du montage américain… tout en en perdant d’autres! Sachez qu’il existe une version inédite composite, mariant le montage américain, les ajouts du montage français et des scènes coupées, le film atteignant alors les 2h05. Le gros morceau du montage américain, c’est bien sûr la fameuse introduction en vue subjective, où l’on assiste aux pérégrinations sanguinaires et urbaines du singe IMP, rythmées au son du Hot Voodoo du film Venus Blonde. Et ça vaut le déplacement.
| 1h 43min | Epouvante-horreur De Richard Franklin | Par Lee Zlotoff, Tom Ackermann Avec Elisabeth Shue, Terence Stamp, Steven Pinner |


![[Première image] « Coma » de Bertrand Bonello](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2022/02/coma-bonello-1068x808.jpeg)
