[L’ÎLE SANGLANTE] Michael Ritchie, 1980

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La mer (beaucoup), de l’horreur (un chouïa) et de l’aventure (un paquet): Les dents de la mer (Jaws) de ce cher Spielberg a ouvert en 1975 l’ère des terreurs marines et des blockbusters. Il fallait, coûte que coûte, retrouver la recette magique. Alors que les mâchoires de piranhas, orques, crocodiles et autres mutants claquent sous l’écume dans l’espoir de rattraper Spielberg, à Hollywood, on ne s’emmerde plus et on adapte l’homme par qui le bonheur arriva, soit Peter Benchley, l’auteur du roman Jaws à l’origine de toutes ces petites bulles rouges. Ce qui provoquera l’existence de The Deep de Peter Yates (qui n’aura marqué les cinéphiles que pour la présence gracieuse de Jacqueline Bisset) et surtout de L’île sanglante, qui flirte quant à lui avec la catégorie des grands brûlés et des accidentés des studios. Et comme d’hab, pour oublier le forfait, on a préféré sortir la pelle…

Prenez un verre d’eau (salé, bien sûr): on ne va pas se risquer à crier au chef-d’œuvre oublié. Mais quand tout est chaos, même façon bateau ivre, on est là avec notre bouée de sauvetage. Et ça commence comme un Vendredi 13 des familles: une bande de Roger plein aux as se font attaquer par des silhouettes sur leur petit yacht occasionnel. Hache en pleine tête et bide éclaté. La même scène sera répétée plus loin pour bien appuyer la gravité de la situation: non loin des côtes de Floride, plusieurs bateaux et leurs passagers disparaissent sans laisser de trace. Un journaliste en garde alternée emmène alors son marmot sur une île voisine pour enquêter (mais quelle bonne idée…) et n’auront pas le temps de dire ouf qu’une bande de pirates les kidnappent. Papa se retrouve la tête en bas en attendant un meilleur avenir alors que le petit garçon est matrixé pour devenir une recrue bien utile. Trois jours de lavage de cerveau suffiront d’ailleurs, une incohérence comme une autre dans ce film zinzin sans queue ni tête.

Vivant dangereusement son premier arc hollywoodien, Michael Caine, alors dans la peau du reporter inconscient, se demande bien entendu ce qu’il fait là (nous aussi!). Le comédien s’empressera d’ailleurs de renier totalement l’expérience. Ce qui peut paraître bien gonflé quand on a joué dans L’inévitable catastrophe (Irwin Allen, 1978) ou Les dents de la mer 4 (Joseph Sargent, 1987). On acceptera facilement ce contraste fort amusant entre le dandy blond et l’atmosphère mi-joyeuse mi-délétère d’un film de pirates en totale opposition avec les classiques du genre, où les flibustiers d’usage ont troqué leur panache contre des survivalistes édentés plus proches des dégénérés de Délivrance ou de La colline a des yeux, tous menés par un David Warner onctueux et inexplicablement transparent.

Entre audace et bêtise, on écarquille beaucoup les yeux devant The Island: slasher gore, survival fantaisiste, film de pirates revu à la sauce Peckinpah, film d’aventure pataugeant dans la gadoue, on ne sait pas, on ne sait plus. Un ballet alternant moment wtf (Caine branlé avec du saindoux, l’apparition d’un karatéka en slip, le final impensable façon La Horde Sauvage), dérives sadiques (une petite scène de torture à base de méduses, ça vous dit?) et parfois même, pub involontaire (?) pour la NRA, avec son personnage principal offrant un gun à son fils de treize ans en toute semi-décontraction (mais lui rappelant qu’il ne faut pas jouer avec… bien sûr). Le flop sera total. À la revoyure, on se régale presque qu’un tel bidule puisse exister. J.M.

1980 / 1h 49min / Aventure, Action, Drame
De Michael Ritchie
Par Peter Benchley
Avec Michael Caine, David Warner, Angela Punch McGregor
Titre original The Island

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