« Life of Chuck » de Mike Flanagan : un conte métaphysique pétillant mais fleur bleue

Un film divisé en trois-chapitre suivant comme ligne directrice le destin d’un homme, Chuck, de son entourage. Nous vous le concédons, ce résumé révèle tout et rien à la fois. D’ailleurs, n’espérez pas du synopsis officiel pour en savoir davantage. Tout d’abord, car le cœur de l’intrigue du 8e long-métrage de Mike Flanagan (adapté d’une nouvelle de Stephen King, et présenté en avant-première au festival international du film de Toronto 2024 où il remporte le People’s Choice Awards), repose sur un concept, que nous ne dévoilerons pas… sinon qu’il englobe notre rapport aux temps, à la mort, la métaphysique et l’instant présent.

La première partie du film en est représentative. Suivant différentes scènes intimistes nous dévoilant une poignée de personnages, c’est tout aussi rapidement que leur vie sera bousculée à mesure que le monde s’écroule, et nous fait avec. En parallèle, la narration est interféré par un élément extra-diégétique, une étrange pub mentionnant un certain Chuck (Tom Hiddleston). La sensation est maligne, parce qu’évoquant un épisode type de la 4e dimension, le film illustre une belle idée aussi méta que poignante retenant à la fois notre intérêt, et nous jetant au cœur des enjeux.

L’originalité du film tient également dans son dispositif narratif, puisque sous la forme de trois actes, le récit est conté à l’envers. Débutant par une dimension collective, le récit se précise ensuite autour d’un individu, à la façon d’un entonnoir. Un exercice périlleux puisqu’en trois occasions, le film change légèrement de tonalité, (de même que de ratio d’images !), selon qu’il nous invite à changer de temporalité et/ou de perspectives. Une direction misant sur l’éclectisme et la surprise, nous menant là où on s’y attend le moins, comme en témoigne la séquence névralgique du film, entrelaçant différents destins de personnages narré d’une voix-off, interrogeant les causalités et les liens improbables qui nous unissent, et ponctué par une scène de danse (un peu gratuite certes), mais formidablement bien rythmé, accordons-lui ça.

À l’image de ce narrateur omniscient, la force paradoxale de The Life of Chuck tient au fait qu’en resserrant son récit sur un héros, il en développe sa portée omnisciente et universelle. À mesure que le film développe sa dernière partie aux allures de « coming of age » et que de nombreuses questions demeurent en suspense, s’acheminant vers un final fantastique donnant moins une résolution qu’une nouvelle perspective disons (tout ça pour ça…), le ton du film ne fait plus de doute. Les confidences, l’instant présent et les petits-plaisirs-de-la-vie en seront les dénominateurs communs. Une intimité qui fait mouche, parfois, mais qui risque aussi d’agacer, surtout. De même que pour ses productions précédentes, malgré les jaillissements d’idées, Flanagan parasite son récit d’affectations, nous faisant lever le sourcil quand ce ne sont pas les yeux au ciel.

Dans une pop culture post-moderne et cynique, ce conte méta, aux allures de carpe diem, rafraîchit certes… s’il ne concédait pas au côté fleur bleu et entendu (voire cringe). La vie, l’amour, les amis, la mort, ok, mais, de même qu’on nous forcerait à faire un hug de consolation, on risque d’en laisser quelques-uns sur les bords.

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