Sook-hee est une tueuse entrainée depuis son plus jeune âge par un groupuscule de meurtriers dans l’optique de venger la mort de son père. Après avoir décimé tout un gang, elle est arrêtée et se retrouve à la solde d’une société secrète vouée à former des jeunes femmes afin d’en faire des agents dormants. Après plusieurs années à parfaire ses qualités de tueuse, elle est envoyée sur le «terrain», surveillée par Hyun-soo, dont elle tombera amoureuse, et finira par découvrir la vérité sur le meurtre de son père.
Oui, l’histoire de The Villainess, troisième long-métrage de Byeong-gil Jeong présenté en séance de minuit à Cannes 2017 et privé de distribution salles, a bien des faux airs de Nikita de Luc Besson. On y retrouve d’ailleurs les mêmes grosses ficelles: trahisons, faux-semblants, manipulation, romance toque. Pour quelle raison voir une œuvre sortie 25 ans trop tard? Principalement pour la démesure de son metteur en scène qui, s’il filme mollement les interactions entre ses personnages, notamment pendant une grosse heure habitée par l’ennui (quand Sook-hee essaie d’avoir une vie normale), sait animer ses scènes d’actions avec des idées excessives et complètement folles.
On retiendra surtout la séquence d’introduction et celle de conclusion, deux morceaux de bravoure conçus comme des plans séquences – qu’on imagine bien sûr truqués, mais peu importe – alternant les points de vues, les mouvements de caméra pour créer un chaos formel un brin crâneur, mais il faut l’avouer assez impressionnant. Byeong-gil Jeong introduit son film avec un massacre dans un immeuble délabré formé de longs couloirs où sa furie d’héroïnes dézingue une centaine de sbires à coup de flingues, d’armes blanches ou d’objets contondants et incongrus, dans un déluge gore, rappelant la scène culte de Old Boy de Park Chan-wook. Sauf que le réalisateur opte ici pour un point de vue à la première personne, hérité des jeux vidéos et de la Dame du lac de Robert Montgomery (1947), qui dynamite la réalisation jusqu’à une certaine abstraction. À l’autre extrémité de l’œuvre, Byeong-gil Jeong abandonne la subjectivité, mais embarque sa caméra dans une course poursuite sur une route de Séoul, d’une voiture à un bus dans lequel aura lieu le duel final épique entre Sook-hee et le meurtrier de son père.
On attendait certainement mieux du réalisateur du généreux et foutraque Confession of Murder, thriller nawak vu en 2012 à l’Étrange Festival, qui avait surpris par son énergie et son sens de la dramaturgie délirante. Ici tout est cousu de fil blanc, la narration fragmentée entre le présent et les souvenirs de Sook-hee apporte davantage de confusion que d’audace stylistique. On ne peut cependant pas bouder notre joie devant la folie qui s’empare de la mise en scène, sublimée par sa protagoniste destructrice, jouée par la rare Ok-bin Kim, la Thérèse Raquin coréenne qui sauvait le Thirst de Park Chan-wook. Quoique… Entre regarder The Villainess et se faire une partie de jeu vidéo, on vous conseillera plutôt la deuxième solution et attendre le prochain opus du cinéaste qu’on espère bien mieux foutu. [THE VILLAINESS, disponible depuis le 23 mars en VOD et dès le 28 Mars en DVD & Blu-ray Combo Steelbook]