Les yeux de Julia : Interview Guillermo Del Toro

En bon coproducteur, Guillermo Del Toro vient filer un coup de main au réalisateur Guillem Morales pour la promotion des Yeux de Julia. Interview d’un toqué de cinéma.

Comment avez-vous découvert le cinéma de Guillem Morales?
Avec son premier long métrage, El Habitante Incierto. A l’époque, ce qui m’avait frappé, c’était l’intelligence avec laquelle il avait construit son récit. Ça ressemblait beaucoup à un film d’horreur Kafkaïen. Par la suite, nous nous sommes rencontrés et Guillem planchait sur un remake américain. Moi, je voulais qu’il fasse un second film européen et je ne voulais surtout pas qu’il perde son identité aux Etats-Unis. Je lui ai donc suggéré de faire un giallo, d’autant que ça faisait longtemps que je désirais en produire un.

L’atout des Yeux de Julia, c’est de ne pas répéter les recettes de L’Orphelinat. Ce sont deux films totalement différents.
Carrément. Il était primordial pour moi d’avoir le même standard de production. A savoir le même musicien, le même chef-opérateur etc. Malgré tous ces instruments, ce devait être totalement différent. Il était hors de question de faire L’orphelinat 2. Mon autre condition : retrouver l’actrice principale, Buelan Rueda. Dès qu’elle est dans un film, elle réussit à le transcender et à captiver. C’est la marque des grandes actrices, selon moi. Ce qui me séduit dans le scénario, c’est le mélange des genres, une qualité que je retrouvais déjà dans El Habitante Incierto.

Les Yeux de Julia renvoie beaucoup au giallo.
Oui, un giallo sexuellement chargé, comme un mélodrame métaphysique… Ce qui donne un point de vue extrêmement féminin sur un genre par essence masculin. On ne voit pas ça souvent. Mario Bava planait comme une ombre, dès le départ. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est le traitement adulte. Le tueur ne s’attaque pas à des adolescents insupportables mais à des personnages avec un minimum de vécu. Ça change tellement de tous les mauvais slasher que l’on peut voir à longueur de temps. Et puis, il y a quelques plans comme l’image de fin que je trouve touchants, simples et poétiques.

Selon vous, quelles sont les différences majeures entre Juan Antonio Bayona et Guillem Morales?
Juan Antonio Bayona est un cinéaste plus classique. Guillem, lui, serait plus pervers. Sa bizarrerie contribue à ses inventions. En ce sens, Les yeux de Julia est beaucoup plus expérimental que L’orphelinat. Certaines idées comme de ne pas montrer le visage du tueur pendant une longue partie du film ou de filmer des aveugles nues dans un vestiaire (ma scène préférée) viennent de lui. Il a une sensibilité méditerranéenne, que je retrouve beaucoup dans le cinéma de Pédro Almodovar, dans la manière de dépeindre des personnages usés ou des femmes excentriques, comme la vieille aveugle. Juan Antonio Bayona, lui, a une sensibilité tellement plus britannique.

Quelle a été votre réaction à la lecture du scénario?
J’ai immédiatement pensé à Blind Terror, de Richard Fleisher, avec Mia Farrow, qui reste peut-être le meilleur film sur le genre, avec une femme aveugle qui ne voit pas le tueur juste à côté d’elle. Dans Les Yeux de Julia, c’est différent : ce qui l’effraie n’est pas d’être aveugle mais de le devenir. On peut citer d’autres classiques comme Seule dans la nuit (Terence Young) ou Le voyeur(Michael Powell). Guillem possède cette vieille cinéphilie, à l’inverse des autres réalisateurs de son âge qui ne connaissent pas le cinéma avant 1980.

Qu’est-ce qui vous stimule en tant que producteur?
J’aime produire les films que j’ai envie de voir au cinéma. Je préférerai toujours des films comme Splice, L’orphelinat ou Les Yeux de Julia à n’importe quel film d’horreur américain bêtifiant. Ils sont plus tordus que la majorité des films fantastiques produits à la chaîne. Ils se démarquent par la personnalité de leur auteur. Autrement, ils ne traitent pas que d’un seul thème. Lors du tournage des Yeux de Julia, j’ai vraiment laissé les coudées franches à Guillem Morales : j’étais sur le plateau, mais j’arrivais toujours avant ou après la prise, jamais pendant. Pour moi produire, c’est apprendre.

Quels sont vos projets?
Je suis très impliqué chez les studios Dreamworks animation où je développe un nouveau projet, Trollhunters. Parallèlement, je produis d’autres films de fantômes au Mexique et je planche sur At the Mountains of Madness, un projet hallucinant que je traîne depuis maintenant 13 ans et qui va se faire sous la houlette de James Cameron qui en sera le producteur. C’est l’adaptation d’un conte de Lovecraft sur une expédition scientifique dans le Pole Sud dans les années 30 qui découvre les origines de l’humanité à travers d’étranges dieux extra-terrestres. Vous n’imaginez même pas à quel point je suis heureux.

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