[LES YEUX DE FEU] Avery Crounse, 1983

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1750. Un groupe de pionniers sont chassés de leur village et partent s’installer dans une autre région inexplorée de l’Amérique du Nord, inconscients des épouvantables secrets qu’abritent les bois environnants. Une mystérieuse petite fille connait les menaces de la forêt et le destin horrible qui attend ceux qui se risqueront dans les bois. Un film bizarre et séduisant signé Avery Crounse qui gagne à être (re)vu et réhabilité.

La seule chose que l’on pourrait reprocher au cinéma d’horreur américain des 80’s, c’est peut-être l’abandon d’une certaine poésie: le bruit des pop-corn mâchouillés avait pris le pas sur les exubérances artistiques et le goût de l’étrange. C’est dire la perplexité du public et de la critique face à Les yeux de feu (Eyes of Fire), premier film du photographe Avery Crounse, dont le mélange de film historique et de fantastique débridé n’a probablement comme seul voisin de palier un certain La forteresse noire de Michael Mann (dont il ne partage ni le budget, ni l’ambition). Long flash-back relatant les péripéties de trois jeunes survivantes, le récit se loge dans l’Amérique du XVIIIᵉ siècle, et autant dire qu’il faudra être attentif pour comprendre dans quoi on s’embarque: délaissé par son mari, une mère de famille s’est mise en ménage avec un prêcheur coquinou, lui-même trimballant une jeune fille mutique dotée de dons extraordinaires dont la mère a été brûlée pour sorcellerie. Condamné par les villageois pour son pêché de luxure, l’homme d’Église est sauvé in extremis par les pouvoirs magiques de sa pupille, et embarque toute la famille de sa maîtresse (qui va recroiser le chemin de son époux!) vers une nouvelle terre promise. Dans une clairière, une petite poignée de baraquements, étrangement évités par les Indiens du coin, attirent leur intention: animé par des silhouettes de plus en plus vindicatives, l’endroit va se relever bien évidemment hanté… Bon, on a été clair?

Crounse ne se contente pas bêtement de déplacer le motif du lieu maudit sous un angle historique inhabituel (avec une période pourtant passionnante peu explorée dans le cinéma de genre, Vorace, The Crucible et The Witch étant tout en haut de la liste), il le traite d’une manière assez inédite et finalement bien peu «américaine». Là où l’on pourrait s’attendre à un surnaturel diffus et tout en suggestion, le cinéaste préfère tout l’inverse, avec une utilisation tapageuse d’effets spéciaux bricolés tendance foire à l’illusion: les images recomposées par ordinateurs, les filtres saturés, les apparitions/disparitions, les explosions soudaines et autres tours de magie donnent au film des allures de cauchemar biscornu, comme si John Boorman et Werner Herzog étaient partis s’encanailler du côté de chez Georges Méliès et des surréalistes tchèques. Spectres nus et fluo, démon hirsute, arbres criblés de visages, pluie d’os et enfant panthère: une vraie gravure fantasmagorique corrigée au LSD. Oeuvre unique, parfois plus équilibrée dans sa version longue Crying Blue Sky (quel titre!) que Crounse ne considère cependant pas comme son director’s cut, mais qu’importe: l’un ou l’autre ne méritait guère d’attendre si longtemps sous une gigantesque couche de poussière. J.M.

Titre original: Eyes of Fire
Réalisé par: Avery Crounse
Produit par: Philip Spinelli Andrew Reichsman Elysian Pictures
Genre: Fantastique/horreur
Durée: 90 min
Année: 1983
Pays : Etats-Unis

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