[LES RATS ATTAQUENT] Robert Clouse, 1982

Les Rats Attaquent (Deadly Eyes dans sa version originale), ou comment transformer une invasion de rats mutants en carnaval de teckels déguisés. Oui, des teckels. Pas des effets spéciaux révolutionnaires, pas des animatroniques hargneux, mais des chiens saucisses en costume de rongeur, gambadant comme des mascottes bourrées au whisky. À partir de là, toute tentative de frisson s’évapore : on n’a pas peur, on éclate de rire, comme si la nature elle-même avait décidé de saboter, sans pour le mieux, le film avec une mauvaise blague.

Le récit, lui, se prend pourtant au sérieux. Premier acte : un prof divorcé radote devant des ados amorphes pendant qu’un spécialiste des rongeurs disserte sur la menace que représentent ces créatures. On croit assister à une conférence sur une VHS scolaire, sauf que derrière, le script hésite : suivre ces jeunes crétins ou s’accrocher au loser de service ? Les Rats Attaquent tente les deux pistes, puis balance l’intrigue adolescente à la poubelle après avoir sacrifié une gamine hors champ, comme si la cruauté gratuite suffisait à masquer les manquements de la narration.

L’autre moitié du film s’accroche à une inspectrice sanitaire hystérique, persuadée que du maïs aux stéroïdes a transformé les rats en monstres. Pourquoi pas. Sauf que la logique s’effondre aussitôt : un chat se fait boulotter, les rongeurs géants déboulent, et le chaos s’installe. Mais pas un chaos jouissif, non : un chaos de montage approximatif, de continuités massacrées, où on ne sait jamais si un entraînement de basket se déroule à midi ou à minuit. Le spectateur rame, s’accroche, puis lâche prise en contemplant ces cabrioles de teckels en latex, plus proches de la fête du village que de l’apocalypse urbaine.

Et puis il y a l’amour. Parce que oui, dans cette déferlante de crocs en carton, on nous colle une romance improbable entre le prof loser et l’inspectrice, et l’on peut s’en émouvoir. Le film est persuadé de livrer un drame humain, une fresque sentimentale noyée dans les crocs et le sang. Sauf que le sang est rare, les effets gore esquivés, et les morts traités comme du papier peint. On nous promet un massacre sanglant, on récolte deux-trois plans de tripaille avant que la caméra se détourne lâchement.

Mais c’est précisément là que le film atteint une forme de grandeur : son incapacité totale à tenir ses promesses en fait une hallucination de vidéoclub. Tout sonne faux, tout respire le bricolage, et c’est cette fausseté qui marque. Des rats crédibles ? Oubliez. De la tension ? Nulle. Mais l’image d’un teckel avec une perruque poilue, bondissant vers la caméra, reste gravée à jamais. Plus qu’un nanar, c’est une vision surréaliste, un cauchemar de série Z qui se prend pour un pamphlet éco-horrifique, mais finit en parade de chiens costumés.

Les Rats Attaquent n’est pas un film d’horreur. C’est une farce involontaire, une dissection punk de la bêtise, une VHS quasi-maudite qui, trente ans plus tard, fait toujours rire aux éclats. Les rats n’ont jamais été aussi inoffensifs, les teckels jamais aussi immortels.

1h 27min | Epouvante-horreur, Science Fiction
De Robert Clouse | Par Charles H. Eglee
Avec Sam Groom, Sara Botsford, Scatman Crothers
Titre original Deadly Eyes

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