« Les pistolets en plastique » de Jean-Christophe Meurisse: mort de rire à la Quinzaine

On l’a retrouvé. Qui ça? Paul Bernardin bien sûr: un homme soupçonné d’avoir tué toute sa famille – et son clebs au passage – avant de disparaître mystérieusement, ne manquant pas d’alimenter une psychose médiatique mi-inquiétée mi-morbidement-fascinée par le dit zigouilleur. Récompensées pour leur très sérieux talent d’enquêtrices Facebook qui va servir de fil rouge au film, Léa et Christine sont littéralement obsédées par l’affaire: alors qu’elles partent enquêter dans la maison où a eu lieu la tuerie, les médias annoncent que Paul Bernardin vient d’être arrêté dans le Nord de l’Europe… Et c’est ainsi que Meurisse concasse son récit en hilarantes fausses pistes sur lesquelles il vaut mieux rester discret, faisant la navette entre l’aéroport de Copenhague et une délicieuse planque en Argentine où bien des marlous aux mains sales ont bénéficié de largesses pour occulter leur passé de tortionnaire… Sur la route, des voisines racistes trouvant des circonstances atténuantes au tueur, des passagères d’avion enceintes dissertant en public sur le charme des « épisio », des flics français incapables de remonter la piste de l’affaire du siècle en raison de leur anglais défaillant, des suspects arrêtés n’ayant aucun rapport avec la choucroute, mais se révélant en définitive tout aussi zinzin que XDDL…

Plus lumineux et peut-être moins risqué que le sur-un-fil Oranges Sanguines, Les pistolets en plastique est probablement le film le plus drôle projeté ici depuis 10 jours, hilarante bassine à névroses contemporaines faisant de la paranoïa et du voyeurisme le ciments sociaux de notre beau pays. Et prenant, comme chez les frères Farrelly, la bêtise au sérieux: il faut voir ce que le film arrive à déployer dès les premières minutes à l’aéroport où un père de famille lesté de toute charge mentale flambe avec un cure-dents dans la bouche qui finit bientôt coincé dans sa narine droite: le film renvoie constamment à une potacherie – la dimension plastique de ces pistolets pour enfants – avant que l’inquiétude, en définitive, ne reprenne ses droits, au moment où on ne l’attend pas. Immergées au sein d’un casting où s’accumulent les stars, mais où jamais personne ne cherche à trop tirer la couverture à soi (Jonathan Cohen, Nora Hamzawi, Vincent Dedienne, Romane Bohringer…), nos deux enquêtrices sont jouées par deux chiennes de Navarre absolument démentes – Charlotte Laemmel et Delphine Baril – dont la grande plasticité intellectuelle les fait autant aimer les faits divers sordides que la décoration d’intérieur (et aussi, autorisons-nous ce SPOILER en guise d’avertissement pour public sensible: l’énucléation…). Un petit théâtre de la cruauté qu’un Antonin Achtung n’aurait pas renié! G.R.

26 juin 2024 |
De Jean-Christophe Meurisse
Avec Delphine Baril, Charlotte Laemmel, Laurent Stocker

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