Les meilleures BO de 2023

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Au menu du bilan de l’année 2023: les bandes originales des films. Voici, selon nous, les meilleures.

Killers of the Flower Moon
Musique de Robbie Robertson
Collaborateur régulier de Scorsese, Robbie Robertson semblait être le candidat parfait pour rythmer l’épopée introspective américaine du cinéaste. D’origine amérindienne par sa mère, il avait déjà signé un album dédié à la musique de son peuple, Music for the Native Americans. Avec sa composition pour Killers of the Flower Moon, il livre une variation blues-rock des habituelles musiques de western. Le temps du morceau The Wedding, se sont les fantômes du cinéma de Michael Cimino qui sont réveillés: là, la possibilité d’existence d’une nation, grande question de La Porte du Paradis, s’incarne dans l’harmonisation entre musique traditionnelle amérindienne et musique blanche. Cet équilibre, bien sûr, ne durera pas; car dans les beats troublés d’un tambour et les respirations saccadées d’un harmonica qui dominent le film, ce sont assurément les suffocations d’une nation mort-née que l’on entend.

Le Règne animal
Musique de Andrea Laszlo De Simone
Le Règne animal est la Palme Chaos 2023, mais aussi, donc, une grande BO, sortie dans un album remixé incluant certains bouts de dialogues du film. Épousant la forme du film, la musique d’Andrea Laszlo De Simone se fait mutante, accordant chant, souffle et bruits gutturaux à un ensemble orchestral dominé par une flûte, une guitare et un synthé planant, jusqu’au mariage parfait des deux: un sifflement. Entre deux notes, on jurerait qu’un hybride est là, caché entre derrière des feuilles de fougère, le râle lent, en train d’inventer une nouvelle mélodie du vivant.

La bête dans la jungle
Musique de Yelli-Yelli, Renzo S, Miles Oliver
Dans une boîte de nuit devenue temple, normal que la musique soit divine. Lieu d’attente d’une épiphanie éternelle pour les personnages d’Anaïs Demoustier et de Tom Mercier, le club de La bête dans la jungle est aussi peut-être l’un des seuls où l’on a vraiment fait la fête au cinéma en 2023, et l’on doit pour cela remercier Yelli Yelli (Emilie Hanak), Florent Charissoux (Miles Oliver) et Dino Spiluttini (Renzo S). En nous réinventant des décennies vaporeuses de musique disco et techno – le film se déroule entre 1979 et 2004 –, les trois artistes donnent corps à l’histoire d’amour du film tout autant qu’ils participent à la condamner, la rapprochant un peu plus à chaque beats passé de sa fin tragique.

Oppenheimer
Musique de Ludwig Göransson
Déjà à l’origine d’une très grande BO pour le précédent film de Christopher Nolan, Tenet, Ludwig Göransson signe ici un travail peut-être plus extrême encore. Dictant littéralement tout le film de Nolan, sa partition, opératique dans sa conception, essaye d’emporter le spectateur dans une spirale musicale et visuelle, pour ne le recracher que ponctuellement. On peut ne pas apprécier la superposition d’une telle composition, tour à tour symphonique, dissonante, et mixée jusqu’à saturation, avec une œuvre finale demeurant souvent très bavarde, mais il faut reconnaître à Ludwig Göransson d’avoir réussi à s’emparer d’une forme d’ampleur prométhéenne tout à fait impressionnante. À quand une collaboration avec Nolan sur un film muet?

Asteroid City
Musique d’Alexandre Desplat
Ce n’est désormais plus un secret, Alexandre Desplat a sûrement trouvé en Wes Anderson son collaborateur parfait, celui chez qui sa musique semble la plus assurée. Avec Asteroid City, en ne signant pourtant que six morceaux dans une BO constituée de beaucoup d’autres pistes, il arrive à imprimer l’ensemble du film d’une ritournelle tout à fait particulière, à la fois aérienne et magnétique. Il fait notamment de l’arrivée de l’alien une grande scène d’apparition chaos, accompagnant la dualité de la poésie andersonienne – loufoque et tragique – en alternant tintements discrets et cordes franches.

Disco Boy
Musique de Vitalic
Parmi les point forts de Disco Boy, fantasmagorie contemporaine sur la guerre parfois un peu trop fascinée par ses images, difficile de ne pas retenir la bande originale de Vitalic, parmi les meilleurs travaux récents de l’artiste électro français. Dansante, abstraite, énergique, elle élève le film de Giacomo Abbruzzese vers des territoires technos, presque virtuels. Les synthés de la musique évoquent le jeu vidéo, que le film assume complètement dans une séquence de chasse à l’homme nocturne dans la jungle africaine, tournée en vision nocturne.

Master Gardener
Musique de Devonté Hynes
Superstar de l’ombre de la musique pop contemporaine, Devonté Hynes sait tout faire: chanter, composer, produire, etc. En dehors de ses albums solos sous l’alias Blood Orange, l’artiste a également sévi dans la musique de film depuis une dizaine d’années. Avec Master Gardener de Paul Schrader, il signe sa meilleure bande originale. Le romantisme chatoyant et exacerbé du style de Hynes, presque rétro, collant parfaitement avec l’œuvre récente la plus apaisée du réalisateur de Hardcore et Blue Collar. Entièrement instrumentale, la musique de Hynes flirte avec la candeur de certains des scores de Badalamenti chez Lynch, et la fausse froideur du Pygmalion de Slowdive.

Et quelques autres films aux BO et à réécouter:
Retour à Séoul (Jérémie Arcache & Christophe Musset), Babylon (Justin Hurwitz), Spider-Man: Across the Spider-Verse (Daniel Pemberton), Indiana Jones et le Cadran de la Destinée (John Williams), Pearl (Timothy Williams and Tyler Bates), The Killer (Trent Reznor and Atticus Ross).

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