« Les femmes au balcon » de Noémie Merlant : une bouillabaisse bien parfumée qui tourne vite au vinaigre

LES ETOILES DE LA REDAC

Lucie Chiquer
Gautier Roos
Morgan Bizet

C’est Marseille bébé, mais sous 46°C. Alors que le soleil ardent d’une canicule met à l’arrêt toute la ville, trois copines claquemurées dans leur appartement tentent de survivre à l’ennui. Ça tombe bien : le bellâtre du balcon d’en face leur donne de quoi s’occuper en les invitant à passer la soirée en sa compagnie. Mais le lendemain de cuite s’avère plus rude que prévu… Un Doliprane ne suffira pas à ressusciter le voisin, mort durant cette nuit de débauche.

Jusqu’où iriez-vous si une amie vous demandait de cacher un cadavre? Rituel de passage obligatoire dans toute amitié qui se respecte, cette question habituellement hypothétique ne l’est plus vraiment dans le deuxième long métrage de Noémie Merlant. Et quoi de plus tordant que trois cinglées qui enchainent les décisions foireuses pour se débarrasser d’un corps, entre l’actrice trouillarde en pleine crise existentielle (Merlant n’a jamais été aussi drôle que lorsqu’elle se dirige elle-même), la cam-girl débridée (Souheila Yacoub), et l’écrivaine idéaliste un poil névrosée (Sanda Codreanu). Chacune géniale dans son individualité, la magie opère davantage lorsque leurs caractères fusionnent entre les murs de cette coloc, à coup d’éclats de rire et de masturbation collective. Torses nus, transpirantes, un peu crado ou bien carrément bordéliques, jamais sexualisées et éloignées d’une image délicate: de ce film caniculaire émane une vision rafraîchissante de l’intimité féminine en lieu clos, dans tout ce qu’elle a de plus trash et absurde. Sauf que lorsque Les Femmes au balcon quittent ledit balcon, le récit perd en dimension à une vitesse folle.

Si la première heure du film parvient à amalgamer la comédie au drame avec une certaine fluidité – à base de musique de polar décalée et d’identité visuelle pop – la seconde se transforme en grotesque gloubi-boulga. La faute à cet aspect pseudo horrifique incorporé au mélange, bien trop kitsch et alambiqué: l’une des protagonistes devient psychotique à mesure que le fantôme de son voisin hante ses journées. À vouloir trop en faire, Les Femmes au balcon finit par nous donner le tournis tant il alourdit son propos déjà bien épineux, qui va de l’agression sexuelle jusqu’au viol conjugal. Bien que Noémie Merlant ait le mérite de se réapproprier avec fougue des sujets longtemps accaparés par les hommes réalisateurs, son geste arrive au même moment qu’un ras-le-bol collectif: est-ce qu’on n’en aurait pas un peu marre que de tels traumatismes soient le dénominateur commun des récits d’émancipation féminine?

11 décembre 2024 en salle | 1h 43min | Comédie, Fantastique
De Noémie Merlant | Par Noémie Merlant
Avec Souheila Yacoub, Sanda Codreanu, Noémie Merlant
Bien que Noémie Merlant ait le mérite de se réapproprier avec fougue des sujets longtemps accaparés par les hommes réalisateurs, son geste arrive au même moment qu’un ras-le-bol collectif: est-ce qu'on n'en aurait pas un peu marre que de tels traumatismes soient le dénominateur commun des récits d’émancipation féminine?"Les femmes au balcon" de Noémie Merlant : une bouillabaisse bien parfumée qui tourne vite au vinaigre
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!