Ces films ont circulé en festival ou sous le manteau, mais ne sont toujours pas distribués. Le meilleur du pas vu au cinéma en 2019, c’est ici.
COLLECTIVE de Alexander Nanau
En octobre 2015, un club de Bucarest prenait feu mais personne ne se doutait que ce dramatique incident allait mettre le feu au système de santé roumain via les investigations de journalistes. Alexander Nanau avait déjà confirmé avec le tétanisant Toto et ses sœurs que la réalité était toujours plus dinguo que la fiction, Collective y ajoute la phénoménale rogne de citoyens découvrant que le népotisme à la Ceausescu est toujours en place. Documentaire poignant quand il rappelle que les lanceurs d’alerte sonnent toujours trop tard le tocsin, Collective sait à la fois procurer la plus grande gaule à Edwy Plenel et être le cauchemar absolu d’Agnès Buzyn.
LA MUERTE DE UN PERRO de Matias Ganz
Vétérinaire, ce n’est pas un métier facile. Surtout quand à la suite d’une erreur médicale, on déclenche une shitstorm aussi éclaboussante que sans fin. Le portrait d’un brave type dépassé par les évènements enfle à chaque scène vers un climat de paranoïa qui n’est pas sans rappeler Les bruits de Recife et ses échos carpenteriens. Matias Ganz ajoute dans sa grinçante tragédie d’une famille ordinaire, une vision à l’os de la petite bourgeoisie uruguayienne comme d’une époque conspirationniste qui fait de plus en plus mener une vie de chien aux Hommes.
SAINT MAUD de Rose Glass
C’est bien connu la religion et le cinéma d’épouvante font bon ménage. Surtout quand les bigotes y sont des psychopathes en puissance. Celle de Saint Maud vit forcément très mal le mode de vie (la défonce, la picole, le cul, en mode récréatif) de l’ex-danseuse en stade terminal dont elle s’occupe. Le diable se nichant dans les détails qui vont convaincre l’infirmière d’être en mission pour Dieu, voici un chemin de croix s’inclinant devant la sainte trinité de la psychose à combustion lente (Polanski, Cronenberg, Aronofsky) pour adouber d’emblée Morfydd Clark, actrice ressuscitant le jusqu’au boutisme et l’ambiguïté de la Jennifer Jason Leigh des débuts.
FLESH MEMORY de Jacky Goldberg
Quand les historiens du futur parleront du XXe siècle, ils y verront sans doute celui de la communication, de la connexion à outrance. Flesh Memory sera encore là pour leur rappeler qu’ils ont tort. Le portrait d’une CamGirl d’Austin est avant tout celui de la solitude d’une nouvelle classe ouvrière, ces petites mains qui masturbent à distance. Finley s’exhibe donc mais ne se montre vraiment (de sa maison aux parfums qu’elle crée en passant par ses traums) qu’à la caméra de Jacky Goldberg. De toutes façon l’extérieur (une mère qui perd les pédales, un ex-mari procédurier) force à se replier sur soi. Tout n’est sans doute pas vrai dans ce documentaire, mais sa captation d’un authentique isolement comme d’un vague à l’âme 2.0 remplit admirablement les pages d’un bouleversant journal intime de l’époque.
ZUMIRIKI de Oskar Alegria
Se remet-on jamais de son enfance? Probablement pas. En tous cas, pas Oskar Alegria, parti s’y replonger en construisant une cabane sur la rive d’un lac qui a englouti la petite île où il passait ses étés. Il n’en reste plus que quelques branches d’arbres qui persistent à émerger hors de l’eau. Alegria s’y rattache pour remonter à ses racines, dans un esprit d’escalier lui faisant croiser des bergers, une vache, une pendule au temps figé, ou des mots basques quasi disparus. Mais surtout une nature ou il s’installe en ermite pour une expérience à la Henry David Thoreau, fusionnant introspection philosophique et land art pour une villégiature en paysage mental aussi doux que foisonnant, comme le cinéma espagnol n’en avait pas connu depuis les films de Victor Erice.
MA NUDITÉ NE SERT À RIEN de Marina de Van
On avait un peu perdu de vue Marina de Van ces dernières années. Elle donne des nouvelles dans un autoportrait franc, entre égocentrisme et manque d’amour, mettant littéralement du corps à l’ouvrage en s’y mettant à nu dans tous les sens du terme. De Van se filme donc sous toutes les coutures, plaies et blessures d’orgueil comprises. Le narcissisme se fracasse pour autant sur les rencontres d’un soir sur Tinder et ses corps à corps machinaux. Du cinéma vérité, à cœur ouvert, y compris quand De Van fait des petits arrangements avec sa psyché perchée, plus fleur bleue qu’on le pensait quand entre les pl(e)i(n)s et déliés de sa peau, elle traque jusqu’à épuisement l’épiderme du sentiment. Jusque dans une séquence démente où elle reproduit devant sa télé la séquence climactique de Flashdance. What a feeling, indeed.
THE 20th CENTURY de Matthew Rankin
On n’a jamais rien compris au système politique canadien. Ça ne va pas s’arranger avec un biopic imaginaire de leur dixième Premier ministre. Rien de grave: Matthew Rankin ne vise pas à entrer dans les livres d’Histoire mais peut-être bien dans les encyclopédies de cinéma avec cette pochade foldingue dont l’utilisation des couleurs comme la démesure queer a de quoi mettre du rose aux joues du cinéma de Guy Maddin. Ajoutons-y une bonne dose de fétichisme cuir et un design constructiviste qui ferait passer Shepard Fairey pour un étudiant en 1ere année de beaux-arts, et voilà un pamphlet militant pour la reconnaissance du cinéma gonzo made in Winnipeg.
THE PLATFORM de Galder Gaztelu-Urrutia
C’est bien connu la cuisine du pays basque est une des meilleures du monde. Celle qui mitonne dans cette série B d’anticipation plonge une louche chez Cube et l’autre chez Soleil Vert en cloitrant des gens dans les étages d’un bâtiment géant, traversés une fois par jour par une plateforme contenant la nourriture quotidienne. Aucun doute sur la parabole d’un ascenseur social ne desservant plus toutes les strates. Même si un peu bourratif, The platform donne confiance en Gaztelu-Urrutia, nouveau venu bricolant une cinglante dystopie, lorgnant sur une vision kafkaïenne de l’humanité. Ironie du sort,The platform devrait arriver en 2020 sur… une plateforme (Netflix).
GHOST KILLERS Vs BLOODY MARY de Fabricio Bittar
Pendant que certains croient encore à un retour en force de Ghostbusters via un 3e film à venir, une bande de petits rigolos brésiliens lui font subir une mise à jour à l’ère de You Tube, en envoyant une équipe de chasseurs de fantômes chasser le spectre d’une gamine qui hante les chiottes d’un collège. Ripoliné de gore et de mauvais goût, Ghost Killers Vs Bloody Mary invoque surtout l’esprit du Peter Jackson des débuts. Du potache qui tâche donc, que ce soit par ses vannes crasseuses ou son absence de bonnes manières allant jusqu’à un étron tueur ou un fœtus armé de son cordon ombilical. Plus qu’un réjouissant plaisir coupable, un bon gros rot gras à la gueule de la bienséance.

