« Les cendres du temps – redux », la fresque chevaleresque de Wong Kar-Wai, dispo sur Mubi

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Mubi célèbre Wong Kar-Wai en avril. Outre Chungking Express (dispo depuis le 02 avril), Les Anges déchus (16 avril) et Happy Together (30 avril), il faut revoir Les Cendres du temps où Wong Kar-wai faisait avec le wu xia pian ce que Sergio Leone faisait au western.

Dans le désert de l’Ouest Ouyang Feng tient une auberge isolée au milieu des dunes. Devenu intermédiaire pour celui ou celle qui rechercherait un tueur, une multitude de personnages croiseront sa route. Tout d’abord Huang Yaoshi, son ami de jeunesse, devenu aventurier et sabreur vagabond, qui lui rend visite chaque année à la même date. Cette fois-ci ce dernier lui ramène un présent, une jarre de vin appelé vivre ivre et mourir en rêvant. Il y a aussi le duelliste aveugle, dont la femme avait été séduite par un chevalier le jour même de leur mariage. Le prince du clan Murong, à la recherche de Yaoshi pour avoir séduit et éconduit sa jeune sœur. Le guerrier pauvre Hong Qi, en quête d’aventure et de célébrité. Et enfin il y a l’amour de sa vie qui a préféré épouser le frère de Ouyang Feng. Aux confins du monde, ces héros d’un autre âge croisent le fer, mais la plus grande blessure que garde Ouyang Feng est celle que porte son cœur…

Ce film, réalisé en 1994, mais seulement sorti en France en décembre 1996, est ressorti en 2008 dans une nouvelle version légèrement modifiée notamment au niveau de la bande-son. Le travail de réarrangement de Wu Tong et de Yo-Yo Ma s’ajoute donc à celui de Frankie Chan et de Roel A. Garcia. Redécouvrir ce film est essentiel, non seulement pour apprécier complètement le talent photographique de Christopher Doyle, mais surtout pour se replonger dans cet univers de la Chine ancienne, une Chine fantasmée par toute une série de wu xia pian (films de sabre chinois). Wong Kar-Wai hérite à la fois d’une tradition littéraire qui prend naissance sous la dynastie des Ming (1368-1644) mais surtout d’une tradition opératique qui a adapté ces récits en chants et chorégraphies, lesquelles seront par ailleurs aux origines du genre cinématographique lui-même. Dès les années vingt, les studios de Shanghai en font le genre populaire par excellence avant d’être interdit par le gouvernement du Guomindang dans les années trente et quarante.

Immense production tournée sur une période de plus de deux ans, le film a connu une production très difficile a tel point que, obligé de marquer un arrêt de tournage de plusieurs semaines, le cinéaste en profite pour écrire et réaliser Chungking express en entre-deux. Wong Kar-Wai devient alors la bête noire du cinéma hongkongais, qualifié de mégalomane et d’irresponsable à cause des retards incessants et des dépassements de budget faramineux. Le casting lui-même en fait rêver plus d’un; Leslie Cheung l’acteur et chanteur pop adulé dans l’ex-colonie anglaise, Brigitte Lin l’actrice au charme androgyne, Tony Leung Chiu Wai le futur acteur fétiche du cinéaste, Tony Leung Ka Fai apparu deux ans plus tôt dans L’amant de Jean-Jacques Annaud, Maggie Cheung véritable icône de la féminité chinoise. À la sortie du film en salles, c’est l’incompréhension. Au film de genre hyper-codé se substitue un film contemplatif, lent, complexe dans sa structure narrative, en un mot inclassable. Wong Kar-Wai une fois encore s’est dérobé au sujet pour offrir sa vision du wu xia pian, une vision forcément biaisée, qui use d’un angle d’attaque surprenant. Ce qui l’intéresse ce ne sont pas les combats mais le ressenti des personnages. Les scènes martiales seront alors traitées comme des épiphénomènes de tension, de chaos et d’instabilité.

Les Cendres du temps – Redux de Wong Kar-wai, avec Leslie Cheung, Brigitte Lin Ching-hsia, Tony Leung Chiu Wai (H.-K., 2008, 1h40). Sur Mubi. Egalement sur la plateforme: Chungking Express (02 avril), Les Anges déchus (16 avril) et Happy Together (30 avril)

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