Qui dit Chaos, dit, pour les plus anciens d’entre nous, L’œil du cyclone, la délicieuse émission de Canal+ des années 90 qui a été l’une des influences majeures du site (que vous lisez làààà) au moment de sa création. Pour sa liberté de ton, son humour dévastateur, ses images venues d’ailleurs, son beau et bon mauvais goût… Quoi de plus logique pour nous, alors que nous fêtons nos dix ans, que de rendre hommage à ce programme inouï ayant réjoui bon nombre de spectateurs de la chaîne cryptée, dans cette décennie à crever d’ennui? Au programme, du Splosh et des Branlements progressifs du plaisir.
Pour celles et ceux qui n’auraient pas eu la chance (humour!) d’être ado dans les années 90, peut-être ne connaissez-vous pas L’œil du cyclone, l’émission culte et génialement expérimentale de Canal+ spécialisée dans l’enchaînement de sujets alternatifs et que l’on aurait volontiers rangé dans la catégorie des OVNIS télévisuels aux côtés des Nuits de la pleine lune (ces courts zarb présentés par l’exquise Lolo Ferrari, la nuit sur Arté)? Ah, les précieuses années 90 où la culture était au centre de toutes les discussions et consolait comme il fallait du monde tout autour: affreux, sale, méchant, triste, tragique…
Tomber, par le plus beau des hasards, sur L’œil du cyclone, ou encore le programme Surprises dirigé par le même Alain Burosse (cette pastille où l’on pouvait tomber sur tout et vraiment tout entre deux programmes et s’en réjouir parce que c’était à chaque fois réjouissant), était une vraie délivrance, en réaction à l’uniformité ambiante. Voilà un programme résistant au sens premier, qui avait de l’ambition pour celles et ceux qui le regardaient: résistant à toutes les audaces et à tous les coups de ciseaux de la méchante censure, par la grâce de l’ouverture d’esprit de tous les gens intelligents derrière, mais résistant aussi à tout ce que l’on pouvait voir en boucle à la TV, des émissions de Drucker aux épisodes de Derrick. On a beau dire que le monde, c’était mieux avant. Mais être ado dans les années 90, en pleine ère pré-Internet, n’était pas spécialement plus marrant. Et si l’on n’avait pas vraiment l’endroit pour se réunir et en parler, c’était, en revanche, joyeusement fédérateur et incroyablement consolateur de tomber seul, devant sa télé, sur ces gens-passeurs aimant les mêmes choses venues d’ailleurs que vous (les fameux voyages immobiles devant sa tv).
On a profité de cette Carte Blanche Chaos pour dire merci à toute cette génération Canal+ des années 80-90 qui a influencé tant de générations, qui continue d’ailleurs de nous influencer, jusque dans l’architecture de ce site – regardez bien, c’est exactement la même structure que le magazine des programmes Canal attendu avec amour chaque mois, avec sa zone des quartiers interdits (Jean-Pierre Dionnet), son carré rose (Le journal du hard), ses coups de foudre pour des films dérangeants ou rares (le coin du cinéphile de Boukhrief)… Un hommage à l’impact culturel de cette zone libre sur des gens comme vous et moi et qui peut-être ne l’a plus été autant après le pénible « Canal Putsch », soit le très open Lescure débarqué de la chaîne par son PDG Jean-Marie Messier en 2002 – tout est impeccablement raconté et monté ici, en plusieurs parties, sur YouTube. Une télévision irrévérencieuse donnant envie de kultur que les jeunes de 20 ans aujourd’hui n’ont hélas pas connu…
Jeunes lecteurs, regardez donc un peu ces deux programmes sélectionnés dans cette carte blanche, extraits d’une nuit trèèèès festive open bar à L’œil du Cyclone contenant du délicieux Russ Meyer, du vertigineux Fakir Musafar, du scatman scatophile Jean-Louis Costes (dans nos souvenirs lointains!), et diffusée au beau milieu de la semaine. Après Ivre mort pour la patrie, une opérette tout public (ou presque) du professeur Choron, le spectateur avait le sentiment en regardant tout ça de s’enfoncer dans une nuit noire, dans ce qui relevait alors du jamais-connu à la télévision; et plus le programme avançait, plus il nous mettait chaos debout. C’est à peine exagéré d’avouer que cette nuit-là, la télévision a réellement failli exploser. Deux choix extrêmes de ce long voyage: le Splosh de Pascal Forneri, ce moment de pur food porn donnant à découvrir une pratique britannique alliant la provocation aux haricots blancs, vendu par une jolie femme tout sourire sur le programme de Canal – le poids de la photo, comme dirait l’autre – mais qui n’en restait pas moins classed-x; et Les branlements progressifs du plaisir de Lionel Bernard et Alain Burosse consacré au réalisateur X Jean-Noël René Clair qui travaille à la poste de Marseille et filme des pompiers et autres bidasses prenant plaisir à pratiquer lesdits branlements du titre…
Oui, c’est un titre emprunté à un autre Alain, mais ça ne ressemble pas du tout à du Robbe-Grillet. Bien plus à toutes nos insolentes « adolescences fin de siècle » en révolte rêveuse et silencieuse, auxquelles, même plus de 20 ans après, on n’arrive pas franchement à dire adieu…
Découvrez Splosh et Les branlements progressifs du plaisir lors du programme Chaos 2 du jeudi 14 septembre à 18h45 à L’étrange Festival, en double programme avec Ponytail de Barry Doupé (par ici pour prendre votre place).
