Les beaux courts et moyens métrages d’Apichatpong Weerasethakul aux Rencontres Internationales Paris/Berlin

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Gros morceau des Rencontres Internationales Paris/Berlin qui se sont déroulées du 2 au 8 mai dans de nombreux hauts lieux culturels parisiens, la rétrospective de l’intégralité des courts et moyens métrages d’Apichatpong Weerasethakul aura été l’occasion de se plonger dans un pan plus expérimental de l’œuvre du cinéaste, beaucoup plus profus que ses longs-métrages, et qui agissent comme des ruptures ou des greffes avec ces derniers.

La séance du 6 mai au Goethe Institut proposait 9 créations de Weerasethakul, tenant aussi bien du film d’étudiant que de la commande pour une institution culturelle ou un festival. Une manière de découvrir une facette plus artisanale, fabriquée, et minimaliste du cinéma du réalisateur thaïlandais. Thirdworld, tourné en 16 mm en 1997, ouvrait le bal avec un noir et blanc et une forme en cadavre exquis anticipant Mysterious object at noon, son premier long-métrage. Deux hommes (ou trois) se racontent leurs rêves de la nuit passée en voix off, tandis qu’à l’image, un petit village côtier s’éveille aux aurores.

Si l’anecdotique Empire, film promotionnel pour la Viennale de 2010, n’avait finalement que peu d’intérêt, My Mother’s Garden étonnait par son alliage de séquences animées et de gros plan sur des bijoux, des orchidées et des insectes, recréant une impression du petit jardin de la mère de l’artiste. Dans un registre plus comique, et en même temps hanté par le tsunami de décembre 2004 qui a fait des centaines de milliers de morts en Thaïlande et en Asie, Ghost of Asia filmait un fantôme dans un décor balnéaire, auquel des enfants ordonnent de faire les choses les plus ridicules qui soient (uriner, manger des fruits, se baigner) sur un ton burlesque. Monsoon est une berceuse tournée au téléphone et à la webcam. Des lignes de guitare folk accompagnent des images d’un jeune homme endormi sur lequel une luciole vient se poser, une nuit de moisson.

Parmi les plus beaux films du programme, ceux tournés en super 8 ou en HDV par Weerasethakul, Nimit et Luminous People, descendants directs des films en bolex de Jonas Mekas. Des morceaux de vie, quasi-documentaires, capturés dans un maelström d’images, de mouvement, de grain, dépeignant le passage du temps, la présence des morts, ou encore la décomposition des souvenirs des vivants.

Enfin, deux chefs-d’œuvre pour clore ce programme: Blue et A Letter to Uncle Boonmee [Primitive project]. Dans Blue, commande de l’Opéra de Paris dévoilée sur internet en pleine pandémie du Covid-19, Jenjira Pongpas, actrice fétiche du cinéaste, s’endort dans un décor de théâtre. Son rêve (ou plutôt cauchemar) de flammes, se superpose par surimpression, et finit par la dévorer, elle et le cadre. A Letter to Uncle Boonmee [Primitive project] est issu des repérages du film du même nom (soit l’immense Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures en 2010). L’auteur adresse une lettre à son oncle défunt, lue en voix-off, dans laquelle il explique être à la poursuite de sa mémoire et de ses souvenirs dans le village abandonné de Nabua. La caméra glisse par l’intermédiaire de travellings, à travers la jungle ou dans les maisons vidées de vie – mais pas d’esprits, de souvenirs, de traumatismes, d’objets et de photos. Un sublime prologue à la Palme d’or 2010. M.B.

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