Amis d’une télévision hors format qui ne cherche pas (toujours) à cavaler après le bon goût, bonsoir. L’heure est venue de découvrir Les Archives d’après minuit, série produite par l’INA et réalisée par le duo Lucas Hesling/Christopher Marco dont on vous parlait déjà il y a un an: la grande première est programmée lors de ce cru 2022 de l’Etrange Festival. Yum!
Grands classiques des émissions sur le surnaturel, séries SF oubliées, téléfilms angoissants ou encore grenouilles monstrueuses de 1973 sur fond de Carmina Burana… Dans les années 60 et 70, la télévision française – c’était un temps où l’on parlait encore de première et de deuxième chaîne – osa toquer à la porte de l’imaginaire, du fantastique, du mystérieux et réussit à faire passer dans le canal du général tout un tas d’étrangetés à faire pâlir d’envie tout programmateur de chaîne d’aujourd’hui. Les Archives d’après minuit plongeront dans cette bassine à bizarreries qu’a représenté l’audiovisuel de l’époque, exhumant dans la bonne humeur les archives les plus étranges de la TV et radio françaises. Sorcières, extraterrestres, chasseurs de fantômes, vampires, morts-vivants, savants fous: ces mashups inventifs rappelleront à nos fidèles lecteurs des programmes aussi rafraîchissants (surtout derrière la nuque) que L’œil du cyclone sur Canal et Les nuits de la pleine lune sur Arte.
Cinq épisodes seront donc présentés au Forum des Images (avant de débarquer prochainement sur madelen, la plateforme SVOD de l’INA) à compter de mercredi et ils seront suivis par un programme de 5 péloches puisées dans les plus obscures cavités de l’Institut National de l’Audiovisuel. Bonne nouvelle, en sus d’une présentation par les deux réalisateurs de la série, vos émissaires Pauline Baduel et votre serviteur (team madelen) viendront sur place introduire les programmes que voici:
Mercredi 7 septembre à 17h00: Président Faust de Jean Kerchbron (1974) / Une relecture dystopique de la célèbre pièce de Goethe à l’aune des perversions du capitalisme, où Faust est désormais à la tête d’un empire financier et n’a plus tellement besoin du Diable pour arriver à ses fins.
Samedi 10 septembre à 15h00: Le collectionneur de cerveaux de Michel Subiela (1976) / Quelque part entre l’univers d’Hoffmann et celui de Maurice Renard, cette belle adaptation de George Langelaan nous fait suivre les pas de Penny (merveilleuse Claude Jade) frappée par l’étrange ressemblance entre un joueur d’échecs automate créé par le Comte Saint-Germain et son défunt frère. Un des sommets de la télé des années 70.
Lundi 12 septembre à 14h00: L’Enfant de la haute mer de Roger Kahane (1968) / Portée par la voix de François Périer, cette adaptation du roman de Jules Supervielle est une merveille de poésie fantastique. Dans un village breton au bord de la mer mystérieusement vide erre une petite fille qui ne vieillit pas… + Le voyageur du silence d’Alberto Cavalcanti (1978) / Le réalisateur du sketch du ventriloque d’Au cœur de la nuit et du remarquable film noir Je suis un fugitif nous fait glisser vers l’inquiétante étrangeté, en emprisonnant son voyageur bavard et sans bagage dans la cabine d’un train qui semble ne mener nulle part avec, pour seul compagnon, un homme à la diction bizarre + Le puits et le pendule d’Alexandre Astruc (1974) / À l’époque où Roger Corman est en plein cycle Poe, Alexandre Astruc, cinéaste affilié à la Nouvelle Vague, s’attaque pour la première fois au génie du fantastique. Mais à l’opposé de la démesure baroque, accompagnée de nombreux extraits du texte original, la mise en scène épurée et rigoureuse d’Astruc lui permet de travailler la peur et d’installer une sensation croissante d’étouffement.
Mercredi 14 septembre à 16h30: Perrault 70 de Jacques Samyn (1970) / Dans cette fantaisie chantée et dansée qui mêle acteurs en chair et en os et personnages animés, Joe (Pierre Richard) et Janny (Thalie Fruges) s’égarent dans les décors des contes de Perrault. Ils vont déjouer les pièges des méchants légendaires et rencontrer des héros mythiques.
Dimanche 18 septembre à 14h15: La Grâce de Pierre Tchernia (1979) / On oublie souvent le Monsieur cinéma réalisateur, avec Michel Serrault comme fidèle acolyte, notamment dans le désopilant Le Viager. Pour la télé, après Le passe muraille, il adapte une nouvelle fois avec lui cette nouvelle de Marcel Aymé dans laquelle un homme pieux et généreux se réveille un matin avec une auréole au-dessus de la tête. Quelle malédiction que l’angélisme! À vos calepins! G.R.
