Le point de vue de Bret Easton Ellis sur les Oscars

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En pleine promotion pour Les éclats, son nouveau roman inspiré de sa jeunesse au début des années 1980 entre sexualité contrariée, passion pour le Septième art et trouille d’un tueur en série qui rode sur les hauteurs de Los Angeles, ce sacré bon client de Bret Easton Ellis balance tout ce qu’il a envie de balancer en interview, notamment sur l’époque et les Oscars. Morceaux choisis.

« Personne ne veut aller aux Oscars! Personne ne veut aller dans ce théâtre parce que c’est ennuyeux à mourir! Les gens que je connais à Hollywood, ils détestent les Oscars. Je sais de quoi je parle, car j’ai grandi dans cet univers à travers les amis de mes parents qui travaillaient dans le cinéma. Les Oscars, c’est une machine publicitaire créée dans les années 1920 pour donner à Hollywood une image moralement acceptable. J’ai été invité un jour par un ami, mais pas question d’être assis là-dedans pendant 4 heures et demie. Quelle horreur! Je préfère regarder au lit! D’ailleurs cette année, c’était la première fois de ma vie que je ne regardais pas parce que j’étais en tournée promo pour mon livre. »

« Je ne pense pas que les gens considéraient Everything Everywhere All At Once comme le meilleur film. Mais je pense que pour gagner l’Oscar du meilleur film, il faut faire pleurer. Tár ne fait pleurer personne. Mais c’était le meilleur film que j’aie vu en 2022. Brillamment écrit, brillamment réalisé, brillamment interprété. Très froid. Mais incroyable. Everything Everywhere All At Once, pour beaucoup de gens, c’est très divertissant, irrévérencieux. Il faut reconnaître que les réalisateurs ont beaucoup d’imagination. Mais il est arrivé un moment où je n’en pouvais plus. Je voulais me barrer du cinéma. J’y suis allé le premier week-end avec mon petit ami et il y a plein de trucs que j’ai aimés. La première demi-heure, j’ai été ému par cette mère, cette famille et leurs problèmes avec les impôts. Dès qu’ils entrent dans le placard, je n’ai rien compris pendant une heure, même s’il y a des scènes très réussies individuellement. Sauf qu’à la fin, les gens pleurent quand la mère et la fille se réconcilient. Et il faut ça pour gagner meilleur film. Je pense aussi que Ke Huy Quan méritait de gagner, il est génial. En revanche, Cate Blanchett aurait dû être sacrée meilleure actrice pour Tár plutôt que Michelle Yeoh. Mais c’est un choix politique. »

« Je ne suis pas un grand fan de The Whale mais je préférais que Brendan Fraser gagne plutôt que Colin Farrell pour ce petit truc irlandais qu’il a fait (Les Banshees d’Inisherin). Les gens sont tellement premier degré aujourd’hui. Et ils sont obsédés par l’identité. Ils pensent que ça fait tout. Alors que la vie est bien plus complexe que ça. L’homme dans The Whale n’est pas seulement obèse. Il est aussi gay! C’est un type intelligent, mais aussi autodestructeur. Il a vécu un truc horrible puisque son amant s’est suicidé. Et il essaie de se réconcilier avec sa fille qui le déteste. La controverse, à vrai dire, ne concerne qu’une poignée de gens qui font du bruit sur Internet même si le New York Times a écrit ça aussi. La vérité, c’est qu’il y a tout de sorte de gens obèses, la plupart qui se lèvent le matin et ne peuvent ou ne veulent simplement pas perdre de poids. Ils ne sont pas confinés comme le personnage du film. Le truc, c’est que le cinéma, comme le roman, n’est pas un miroir. C’est une porte ou une fenêtre vers un monde qui nous permet d’expérimenter la vie d’autres personnes. Or, j’ai l’impression qu’on est dans un moment où tout doit être premier degré et où la métaphore n’existe plus. C’est terrible parce que je viens de lire un article du New Yorker qui révèle que le nombre d’élèves en littérature a chuté de 50% en dix ans aux États-Unis! »

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