[LE LOCATAIRE] Roman Polanski, 1976

Tournée en France avec l’un des castings les plus bizarres de l’histoire du cinéma, cette adaptation de Topor par Polanski tient du cauchemar. A hurler de rire et à glacer le sang.

PAR ROMAIN LE VERN

Trelkovsky, un homme timide et réservé, visite un appartement vacant pour le louer. Lors de la visite, la concierge lui apprend que Simone Choule, l’ancienne locataire, a voulu se suicider sans raison apparente, en se jetant de la fenêtre de l’appartement. Après le décès de l’ancienne locataire, il emménage. Il va vite s’apercevoir que tous ses voisins ont un comportement étrange. Et certains commencent même à le harceler.

Après Repulsion et Rosemary’s Baby, Le Locataire est le troisième cauchemar en appartement de Roman Polanski. Rien que le casting de ce film, adaptation du Locataire Chimérique, de Roland Topor, est un reflet de la schizophrénie de Polanski qui au cours de sa carrière n’a jamais su s’il devait se considérer comme polonais, français ou américain. On y retrouve des seconds couteaux célèbres (Bernard Fresson, Claude Piéplu, Rufus), une partie de l’équipe du Splendid (Michel Blanc, Josiane Balasko, Gérard Jugnot) et des électrons libres (Isabelle Adjani, Shelley Winters, Eva Ionesco, Melvyn Douglas, Jo Van Fleet). Le cinéaste s’octroie le rôle principal de Trelkovsky, un employé de bureau qui emménage dans un appartement ayant appartenu à une certaine Simone Choule. Étranger, il n’arrive pas à s’adapter au mode de vie parisien : il a peur de déranger les voisins (les collègues de bureau qui débarquent chez lui), d’être agressé (le mec éméché dans le bar), d’être manipulé (les marchands de tabac), d’être surveillé (la momie dans l’immeuble d’en face). Incapable de faire corps avec une ville aussi anonyme que monstrueuse, Trelkovsky perd sa virilité, son identité et voit son corps possédé par le fantôme de l’ancienne locataire.

Plus le récit avance, plus Trelkovsky reste figé dans son appartement Icarien pour échapper au monde extérieur. Le spectateur entre dans sa tête au point de ne plus pouvoir supporter ses hallucinations (la cour de la résidence transformée en théâtre de l’absurde où l’on retrouve tous ceux qu’il a tentés de séduire). Avant de revenir au début d’un cercle infernal. Oscillant entre la trivialité bouffonne et l’angoisse intérieure, l’architecture de ce film est inconfortable. Avec trois fois rien (une musique lancinante, des regards bizarres, la manière dont les acteurs se tiennent dans le cadre, Polanski en Anthony Perkins dans Psychose), Le Locataire peut traumatiser ceux qui ont connu les mêmes « angoisses parisiennes » que Trelkovsky: la difficulté de trouver du chaud dans une mégalopole glacée, l’angoisse du matin blafard après une nuit arrosée, le rapport maladroit aux autres qui attendent toujours plus que ce qu’on leur donne et vous oublient une fois que vous ne leur appartenez plus.

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