Alerte, « Le Parfum de la dame en noir » de Francesco Barilli en Blu-ray chez Artus Films

Scénariste de Qui l’a vue mourir?, le thriller vénitien d’Aldo Lado, Francesco Barilli, alors réalisateur débutant, a signé avec Le parfum de la dame en noir (Il profumo della signora in nero), un giallo sophistiqué soutenu haut et fort depuis des années par des cinéastes comme Christophe Gans et Pascal Laugier. Disponible en combo BluRay + DVD début juin chez Artus Films.

Avec seulement un diptyque des plus singulier, Francisco Barilli ne risquait pas à l’époque de faire de l’ombre à Dario Argento ou Sergio Martino. Mais le voulait-il vraiment au fond? Ses deux gialli, Le parfum de la dame en noir et Pensione Paura, forment deux entités distinctes, dérivant totalement hors des codes du genre (point de jolis demoiselles félines, de gants noirs ou de rasoirs effilés) et infiltrant la psyché féminine à sa manière. Pensione Paura filtre avec le drame historique poisseux, tendance Mario Bolognini, transformant la solitude d’une jeune fille dans une pension en cauchemar schizophrène qui ne semble s’attacher à aucun genre. Plus intéressant et plus giallesque, car davantage en adéquation avec les codes esthétiques du genre, Le parfum de la dame en noir est un trésor œuvrant ouvertement dans le bizarre flamboyant comme on l’aime.

En haut de l’affiche, une Mimsy Farmer qui n’a pas connu les rôles les plus faciles de l’âge d’or du giallo: on la voyait sexuellement agitée chez Argento dans Quatre mouche de velours gris, ou frigide hantée de visions nécrophiles dans Frissons d’horreur. Chez Barilli, elle y incarne Sylvia, jeune femme manifestement épanouie à la tête d’un labo de parfum, mais dont l’équilibre mental semble vaciller du jour au lendemain. Il faut dire que le comportement parfois inquiétant de son entourage n’aide pas: un petit ami aussi séduisant que culpabilisant, un gentil voisin parfois un poil trop envahissant, intervention d’un medium malvoyante… le passé, en l’occurrence sa propre mère morte tragiquement et son enfance troublée, ressurgissent par le biais de vision faisant de plus en plus basculer sa santé mentale. Bien évidemment impossible de ne pas penser à Rosemary’s Baby, sans le motif de l’enfantement tout du moins, mais aussi et surtout, au Locataire du même Polanski auquel il est antérieur, partageant avec lui certains moments clefs ou idées fortes (Sylvia s’identifiant à sa mère comme Tchekovski à Simone Choule). Des coïncidences troublantes…

Mais au réalisateur polonais et à sa vision putride et grotesque de la folie, Le parfum de la dame en noir lui préfère un sens de la poésie proche du merveilleux, avec ses arrières plans pop et fleuris, ses espaces trop grands, ses fontaines opulentes ou ses ruines du souvenir. Du Lewis Caroll souillé et sanguinolent, peinturluré de bleu, non pas dans ses éclairages comme chez Bava ou Argento, mais dans la moindre parcelle de décors, dans le plus infime des bibelots, donnant une texture nébuleuse pour mieux habiter un rêve éveillé où l’on ne sait plus ce que l’on doit croire ou pas. La b.o grandiose de Nicola Piovani (peut-être sa meilleure) alterne éclair de terreur et évasion mélancolique, comme un personnage à part de cette déambulation traumatique. Dans un dernier jaillissement, tout se terminera dans un sursaut innommable, à l’ombre du monde, dans une horreur caverneuse nous laissant là, hébétés. J.M. P.L.

Le boîtier Digipack contient le Blu-ray du film ainsi que le DVD. Une présentation du film par Emmanuel le Gagne. Diaporama d’affiches et photos. Bande-annonce originale.

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