LE film le plus chaos de 2023 selon la presse

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Comme chaque année, nous demandons à nos consœurs et confrères de la presse cinéma LEUR film chaos de 2023. Voici leurs réponses.

Philippe Rouyer (Positif)
De humani corporis fabrica de Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor

Marin Gérard (Critikat)
N’attendez pas trop de la fin du monde de Radu Jude
J’aurais aimé citer un film moins évident, un court-métrage par exemple (Les Filles du feu de Pedro Costa?), mais N’attendez pas trop de la fin du monde est un film qui fait du chaos son sujet même, ou plutôt sa matière (c’est toujours plus intéressant). En travaillant une forme de poétique de l’effondrement, Radu Jude a réussi l’exploit de faire un bon film cynique. C’est que son cynisme (sa vision désabusée du contemporain), parfois comparé à celui de cinéastes dont on voit, contrairement à lui, les films à Cannes, est paradoxalement très doux, baigné dans un mystère diffus, jamais vraiment grossier. Si ça ne suffisait pas, je me permets une anecdote: Radu Jude faisait partie du jury de la Berlinale cette année. C’est lui qui, lors de la cérémonie de clôture, a remis l’Ours d’argent du meilleur scénario à Music d’Angela Schanelec. Il faut avoir vu le film pour s’en rendre compte: on peut difficilement faire plus chaos.

Jeremy Piette (Libération)
Memory Slot – Track 1 de Yann Gonzalez et Alain Garcia Vergara et Conann de Bertrand Mandico
Je peux parler d’un court? Parce qu’immédiatement en pensant à cette année j’ai Memory Slot – Track 1 de Yann Gonzalez et Alain Garcia Vergara en tête. Petit bijou pd porno contemporain avec une très grosse poétique des urinoirs, où j’ai pu assister au plus beau travelling (le seul peut-être) de golden shower qu’il m’ait été donné de voir jusque-là. Sinon, je pense à Conann, sans surprise dans le sens que Bertrand reste l’ordonnateur du chaos et des paillettes au cinéma pour moi haha. Elina à gueule de chien, le sang versé, les larmes beaucoup, la scène cannibale avec Nathalie Richard, il y a plusieurs moments où j’ai eu les larmes aux yeux, notamment en traversant l’époque New York mélancolique et odeurs d’essence avec une scène d’amour et de jalousie assez Fassbinderienne; et puis cette déclinaison sur la cruelle sénescence des actrices dans ce monde des exigeantes apparences me fascinera toujours, c’est quelque chose qu’il a souvent interrogé, mais là, c’est encore plus concret et profondément triste.

Yal Sadat (Les Cahiers du cinéma)
La femme qui avait deux bouches d’Alain Fleischer
Ce premier recueil de nouvelles d’Alain Fleischer a d’abord paru en 99 et restait difficilement trouvable, jusqu’à la publication de cette édition définitive. C’est une cascade de petites tragi-comédies fantastiques et impossibles à situer, ni tout à fait Poe, ni tout à fait Buzzati, logées entre la familiarité du «je» autofictionnel et l’inconfort de l’étrange. Comme l’indique le titre, les nouvelles sont reliées par l’idée d’ingestion, de comestible (exemple : un type qui a commandé un demi-poulet traverse la ville en quête de l’autre moitié, pour ne trouver que son double à lui qui repose au cimetière – c’est l’esprit). Bref, tout un territoire buccal que j’aurais sans doute trouvé pénible mis en images. Les jeux avec la nourriture, le tube digestif malmené, ce sont des motifs que je redoute dans le cinéma (même excellent) qui travaille le bizarre ou l’horreur. Et pourtant, le pavé roboratif s’engloutit tout seul. Ce qui a du sens, parce que Fleischer refuse l’étiquette d’artiste pluridisciplinaire : il n’est pas un cinéaste qui écrit, ni un écrivain qui filme, mais il est pleinement l’un ou l’autre suivant qu’il est derrière la caméra ou devant sa page. D’un support à l’autre, pas la même bouche, pas la même bouffe, surtout pas le même estomac.


Jacky Goldberg (Les Inrocks)
The Human Surge 3
de Teddy Williams
Mon film Chaos 2023 est The Human Surge 3 de Teddy Williams, jeune cinéaste argentin formé en France (au Fresnoy), qui nous a émerveillé avec plusieurs courts hallucinants ces dix dernières années et un premier long, The Human Surge, en 2016. Ne cherchez pas le 2, il n’existe pas (bonne blague). Dans ce film-ci, Williams nous fait voyager au Sri Lanka, à Taïwan et au Pérou, aux basques d’une poignée d’argonautes queer qu’il a suivi avec une caméra 360 degrés, avant de monter le film avec un casque de réalité virtuelle sur la tête, pour sélectionner les angles que nous voyons nous. C’est à la fois documentaire, fictionnel et expérimental, totalement d’aujourd’hui mais aussi d’après-demain, et ça raconte (selon moi) les dernières convulsions humaines avant que les machines prennent la place. C’est un peu dur à résumer en quelques lignes, mais c’est le film le plus chaos que j’ai vu depuis… ben son précédent film en 2016. J’ai ouï dire qu’un distributeur allait le sortir en 2024. Fingers crossed.

Matteu Maestracci (France Info)
Vincent doit mourir
de Stephan Castang

Julie Escamez (Podcast Arrêt Caméra)
Passages d’Ira Sachs
Pour la garde-robe sexy de Franz Rogowski.

Olivia Cooper-Hadjian (Les Cahiers du cinéma)
De humani corporis fabrica de Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor

Thomas Desroches (Allociné)
Skinamarink
de Kyle Edward Ball
Véritable cauchemar, rythmé par ses jeux d’ombre et ses chuchotements, une expérience immersive radicale adorée des uns et détestée des autres. La définition même du film chaos.

Alexis Demeyer (France Inter)
Les Herbes sèches de Nuri Bilge Ceylan

Geoffrey Creté (Ecran Large)
Swallowed de Carter Smith

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