[LE DERNIER TESTAMENT] Lynne Littman, 1983

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Banlieue de San Francisco. Une jeune femme doit s’occuper des siens alors qu’une attaque nucléaire s’est abattue sur le pays. Un film post-apo-nucléaire injustement méconnu.

En pleine guerre froide, la peur du nucléaire s’est traduite dans le septième art par une pléthore de pelloches de drive-in où l’on criait à tout va aux mutants gloutons. Mais quand elle fit son grand retour au début des années 80, plus question de monstres de dix mètres de haut: on imagine la catastrophe, on s’y prépare, on visualise les pertes, et on ne fait plus dans la fantaisie au goût de pop-corn caramel. Ainsi, les Anglais dégainent leur terrifiant Threads (Mick Jackson, 1984) ou leur dessin animé When the wind blows (Jimmy T. Murakami, 1986), Appel d’Urgence (Steve De Jarnatt, 1988) ou Rencontre d’une nuit (John Duigan, 1984) offrent un versant plus romantique au cataclysme, Wargames (John Badham, 1983) ou The Manhattan Project (Marshall Brickman, 1986) en font de la marmelade teen, et deux titres se tirent dans les pattes quant à savoir celui qui réussira le mieux à décrire les potentiels ravages nucléaires sur l’Amérique: Le jour d’après (Nicholas Meyer, 1984) et ce film-là, Le dernier testament.

Fait surprenant: les deux films, à l’origine produits pour la télévision, seront distribués en salles. Sans aucun doute, parce que oui, on dépassait largement le stade du passe-temps à l’heure de la sieste. Si le long métrage de Nicolas Meyer essaye de retrouver tant bien que mal la sécheresse cauchemardesque de son comparse british Threads (spoiler: c’est pas totalement ça), Le dernier testament, sous ses airs de bondieuserie qu’il n’est pas, aborde la fin des temps avec un minimalisme très rare pour l’époque. Venue de la télé et du documentaire, la réalisatrice Lynne Littman refuse tout ce qu’on peut attendre d’un film sur l’holocauste nucléaire: les scènes de destruction et de panique, le body-horror, les explications de toutes sortes (allant jusqu’à occulter la provenance des missiles), s’interdisant même la vision du sacro-saint champignon ou la moindre petite vitre explosée.

Au chaos visible, la réalisatrice a troqué le chaos faussement apaisé. La bombe sur la gueule, mais du point de vue d’une petite famille américaine lambda: un homme, une femme, trois enfants (manque plus que le chien!). Alors qu’on attend Papa pour le dîner et que les enfants règlent l’antenne de la télé, une annonce de dernière minute aux infos puis soudain, un éclair. Quasiment coupée du reste du monde, la petite ville de Hamlin se flétrit sous les radiations, les regards se paument, les jardins s’assombrissent. L’angoisse de l’attente, interminable, vorace, puis viennent la tristesse, la résiliation, la banalisation de l’horreur, la mort comme un rendez-vous journalier: on va au cimetière comme on va au drugstore. Replacer tout cela dans un cinéma américain grand public, avec ses décors familiers et accueillants, Le dernier testament sonne comme une fausse note au pays de l’Oncle Sam.

La force de Littman, en plus d’apporter un point de vue féminin dans le genre du post-nuke (chose qu’on lui a beaucoup reproché à l’époque… sympa, hein?), c’est de ne pas s’adonner aux effusions, qu’elles soient lacrymales ou graphiques, malgré tous les pièges tendus. C’est cette force, tranquille et redoutable, de filmer une mère de famille préparant un petit déjeuner de la même manière qu’elle tissera le linceul de son enfant, de la voir parler à sa fille d’un amour physique qu’elle ne connaîtra pas, de voir son enfant partir et de ne pouvoir rien y faire. Tout pourrait suinter un nihilisme dégueulasse; Littman préfère laisser une ouverture à ses survivants, aussi mince et fragile soit-elle, comme une flamme au milieu d’un monde qui s’éteint.

1h 30min / Drame
De Lynne Littman
Par Carol Amen, John Sacret Young
Avec Philip Anglim, Kevin Costner, Rebecca De Mornay
Titre original Testament

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