« Le Congrès » du réalisateur israélien Ari Folman, présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, sort ce mercredi au cinéma. Une fable naïve mais fascinante.
Construit à la manière d’un puzzle méandreux, « Valse avec Bachir » avait marqué en son temps. Il pouvait être vu comme l’équivalent de « L’échelle de Jacob », d’Adrian Lyne, sans le vernis fantastique des limbes mais avec la même quête identitaire farouchement déterminée, la même dimension ludique, la même réflexion sur la mémoire.
Lors de sa présentation en 2008 au Festival de Cannes, il avait été plébiscité par la presse mais inexplicablement ignoré par le jury. Cela ne lui avait pas empêché de glaner le Golden Globe du meilleur film étranger et le César du meilleur film étranger en 2009.
« Le Congrès » propulse l’actrice Robin Wright (dans son propre rôle) dans une machine infernale. L’actrice se voit proposer par la Miramount d’être scannée numériquement, pour pouvoir librement exploiter son image au cinéma. 20 ans plus tard, Robin Wright est l’invitée d’honneur du Congrès de la Miramount Nagasaki qui présente sa dernière invention: vivre son film sur demande, sur simple prescription…
L’angoisse, le vertige et l’interrogation suscités par un cinéma sans âme
Le premier plan du « Congrès » montre Robin Wright, face caméra, en pleurs. On comprend rapidement qu’elle a mal et que, surtout, elle joue son propre rôle, celui d’une actrice quadragénaire confrontée aux diktats du système Hollywoodien et d’un cinéma en crise, à qui l’on demande des sacrifices surhumains sous la menace du scanner (grosso modo, tu-n’existes-plus-si-tu-n’es-pas-virtuelle).
Il faut saluer le courage de Robin Wright qui joue le jeu jusqu’au dernier plan et l’audace d’Ari Folman qui après « Valse avec Bachir » transpose, tout en se l’appropriant, un roman de Stanislas Lem (« Solaris »). On aimerait que tous les films actuellement à l’affiche affichent la même ambition formelle et thématique. Mais l’expérimentation d’Ari Folman, aussi fascinante soit-elle, ne supporte pas la comparaison avec les univers infiniment plus complexes de Mamoru Oshii (« Ghost in The Shell ») et du regretté Satoshi Kon (« Perfect Blue »). D’autant qu’après « Paprika », Satoshi Kon a cherché à monter un film hybride mélangeant prises de vue réelles et animation – ici, la technique tient de la rotoscopie – et ce sujet en or aurait certainement été une évidence pour lui.
Autrement, Le Congrès aurait pu être le film le plus incontrôlable, acerbe, méchant contre l’industrie cinématographique depuis « Mulholland Drive » (David Lynch, 2000). Mais trop naïf, trop gentil et trop confus, il n’y parvient qu’à moitié, tombant dans les pièges théoriques du méta-film, s’embourbant dans une narration alambiquée, arrivant tout simplement trop tard. Et le spectateur d’être intrigué, à défaut d’être transporté, par cette sympathique proposition.

