Le Cinema Fantastique Espagnol Dans Tous Ses Etats

Le cinéma fantastique espagnol ravivé par les succès enthousiasmant d’objets tels que [REC.] et L’orphelinat (deux classiques instantanés), n’a pourtant pas connu son plus bel essor avec les arrivées fracassantes de cinéastes tels que Alejandro Amenabar ou Jaume Balaguero. Non, non. En réalité, son âge d’or se situe à la fin des années 60, soit peu de temps avant la fin de la dictature, et compte parmi ses maîtres des noms comme Jesus Franco, Narcisso Ibanez Serrador ou encore Paul Naschy (alias Jacinto Molina). Depuis, le cercle s’est agrandi avec des cinéastes tels que Mel Welles (L’île de la mort); Eugenio Martin (Terreur dans le shanghai express); Alex de la Iglesia (Action Mutante); Javier Aguirre (Le bossu de la morgue); Rafael Moreno Alba (La fille de l’exorciste); Jorge Grau (Cérémonie Sanglante); Amando de Ossorio (tétralogie des morts-vivants); Sergio Bergonzelli (Dans les replus de la chair)… Grâce à eux (majeurs comme mineurs), le genre a connu un nombre incroyable de déclinaisons qui gagnent à être reconnues, au mieux découvertes.

LE OUTCAST
LE CONTINENT FANTASTIQUE / JUAN PIQUER SIMON
Il s’agit du premier long métrage de l’inénarrable Juan Piquer Simon qui pendant toute sa filmographie a enchaîné de sympathiques nanars comme d’autres enfilent des perles. Sur le papier, Le continent fantastique se présente comme une nouvelle adaptation de Voyage au centre de la terre, de Jules Verne. Hélas, faute de moyens et nourri d’images totalement branques (l’explosion finale du volcan, hum), le résultat est plus démodé que la version réalisée dix-sept ans plus tôt par Henry Levin. D’autant que certains ajouts totalement dispensables (le faux King Kong, les zombies dans la grotte temps X) donnent déjà à penser que Juan ne fumait pas que de la moquette. En revanche, il donne envie d’essayer ce qu’il fumait à l’époque. Ce qui ne gâche rien. Par la suite, Juan ne parviendra pas à se faire respecter outre mesure dans son pays ni même ailleurs. En grande partie parce qu’il réalise des films qui ont le malheur de ressembler à des copiés-collés de ceux des voisins ricains. Ainsi, deux ans après ce Continent Fantastique, il réalisera Supersonic man, une déclinaison à peine voyante du Superman, de Richard Donner, et plus tard encore L’abîme qui sera une resucée très médiocre de Abyss, de James Cameron. Mais tout ceux qui ressemblent de près ou de loin à Bruno Mattéi ne sont pas foncièrement antipathiques.

L’INCISIF
CANNIBAL MAN / ELOY DE LA IGLESIA
Cinéaste écorché vif à l’identité schizophrène (provocateur et sensible), Eloy de La Iglesia appartient à la manière de ses confrères Bigas Luna et Pédro Almodovar à ces cinéastes de la Movida qui grâce à la transition démocratique espagnole ont eu le bon goût de révéler ce qui se tramait dans leurs têtes d’artistes féconds. Mais ce premier qui avait courageusement commencé le métier de réalisateur bien avant cette révolution des moeurs n’a pas connu la chance de ces derniers. Ni même la reconnaissance qu’il aurait dû recevoir. On cite souvent Le bal du Vaudou comme l’une de ses œuvres maîtresses; ce serait oublier ce Cannibal Man où Eloy De La Iglesia apparaît à la quintessence de son art. Réalisé en 1971, cette boucherie dégénérée et désenchantée sonde les abats sociaux d’une Espagne phagocytée. Le résultat se situe quelque part entre le thriller horrifique efficace et la satire sociale cinglante narre l’itinéraire d’un homme qui taillade à la chaîne des quartiers de viande dans une fabrique de soupe en conserve. Un soir, alors qu’il errait paisiblement avec sa copine, il tue un chauffeur de taxi qui menaçait cette dernière. Par honte et sentiment d’autodéfense, notre héros assassine et entasse les corps en putréfaction dans sa baraque nauséabonde avant de refiler la viande humaine à l’usine agro-alimentaire pour nourrir le peuple. Physique de playboy à la psychologie torturée mode Arrabal, il titille la fibre érotique de tout ceux qui l’entourent, comme son voisin vieux garçon bourgeois qui passe son temps à l’épier de son appartement. A l’origine, le film s’intitule La semaine de l’assassin. Le titre « Cannibal Man » sous lequel il est connu à défaut (il n’est aucunement question d’anthropophagie) est une astuce du distributeur munichois de l’époque pour relancer la côte du film dans les vidéo-clubs. Il est même allé jusqu’à proposer un sac à vomi à tout ceux qui achetaient la cassette.

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