[LE BAL DU VAUDOU] Eloy de la Iglesia, 1973

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Les conventions souhaiteraient qu’on évoque le titre français en premier lieu, mais sachez que vous ne trouverez ni bal ni voodoo voodoo dans le très mal nommé Le bal du vaudou. On misera sans effort sur un coup de trop, un soir de traduction autour d’une table sale; pour le marché de la vidéo, ce sera d’ailleurs vendu sous le titre de Vengeance au Bistouri, ce qui sera déjà plus fidèle à la chose. Et derrière tout ça se cache en réalité Una gota de sangre para morir amando, soit littéralement «Une goutte de sang pour mourir d’amour». Formule assez parfaite pour résumer ce film hybride et zinzin réalisé par un Eloy de la Iglesia débutant, mais déjà très très énervé: l’année précédente, La semaine d’un assassin et son héros frustré servait une soupe goûteuse à partir de ses victimes. Ce que les censeurs furibards et les institutions moribondes ne savaient pas, c’est que rien n’allait arrêter Eloy de la Iglesia, qui évoquera ouvertement délinquance, prostitution, bisexualité, crise de foi, trafic de drogue ou zoophilie tout au long de sa carrière.

Tout semble indiquer dans Une gota de sangre… d’une envie de marcher sur les pas d’un Orange Mécanique qui faisait à l’époque office de trublion subversif. De la Iglesia, décidément diabolique, ne se contente pas de reprendre le thème principal (un futur où l’on pratique des expériences sur des délinquants dans l’espoir d’éradiquer toute violence) mais décide de jouer à fond avec son propre modèle. Il ira débaucher la mythique et discrète Sue Lyon, la Lolita kubrickienne, pour en faire une femme fatale aux mille visages, et met en scène un gang de voyous usant des mêmes méthodes que les drougs. Sans aucun complexe, De la Iglesia va jusqu’à reprendre la fameuse séquence du saccage de la maison de l’écrivain, où l’on viole cette fois papa et maman chacun dans leur chambre alors que Orange Mécanique s’apprête à passer à la télévision (!!). Un peu plus tard, la divine Sue se cachera derrière un exemplaire de… Lolita!

Le ton de la satire est de mise, et Une gota de sangre… n’hésitera pas à emprunter une route sabrée de virages mortels. La dystopie usuelle, avec matraquages publicitaires navrants et mobilier sixties à l’époque si futuriste, se recouvrent d’une couche de giallo gothique: infirmière irréprochable le jour, l’héroïne incarnée par la blonde Sue multiplie les amants à la nuit tombée avant de les euthanasier à sa façon d’un coup d’aiguille dans le cœur, apaisant les âmes torturées et les corps fracturés. Dans son château baigné de tempête, la nurse au grand cœur et au grand couteau, qui tue au nom de sa propre loi divine, serait sans doute le reflet de l’Espagne fanatique et hypocrite. Le nihilisme habituel d’Eloy de la Iglesia, lui, prendra ses quartiers dans un bain de sang final qui n’épargnera plus personne. J.M.

Policier, Drame, Science fiction, Thriller
De Eloy De La Iglesia
Avec Sue Lyon, Christopher Mitchum, Jean Sorel
Titre original Una gota de sangre para morir amando

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