« Last Stop : Yuma county » de Francis Galluppi : exercice de style séduisant

Pour son premier long métrage, Francis Gallupi s’attaque à un genre archivisité, le thriller noir, qu’il accommode à sa propre sauce. L’exercice n’est pas sans risque, notamment parce que le résultat ne manquera pas de susciter des comparaisons. Gallupi s’en sort bien, évitant la copie tout en rendant hommage à ses modèles. Avec beaucoup d’habileté, il concilie l’économie de moyens avec un procédé narratif d’une efficacité redoutable : un huis clos où les personnages s’accumulent en même temps que la tension monte. Le lieu est celui du titre : un genre d’étape de la dernière chance, soit une station-service perdue au milieu du désert en Arizona.

On y voit s’arrêter un représentant en couteaux (Jim Cummings, vu dans Thunder road) qui s’entend dire par le pompiste que les cuves sont vides, et que la prochaine pompe est à 160 km. S’il veut de l’essence, il doit s’armer de patience : le camion de ravitaillement est prévu dans la journée. En attendant, il peut s’installer dans le diner où la serveuse Charlotte lui servira la fameuse tarte maison à la rhubarbe. Plus tard, deux hommes s’arrêtent pour la même raison. Le vendeur de couteaux reconnaît à un détail de leur voiture qu’il s’agit des auteurs d’un braquage de banque signalé le matin. Avec la complicité de la serveuse Charlotte, il va essayer de demander discrètement de l’aide, mais les gangsters sortent leurs armes et détruisent tout moyen de communication.

L’arrivée d’autres personnages (un couple de retraités, suivi d’un couple de jeunes apprentis hors la loi), va multiplier les interactions risquées dans un climat étouffant : la clim est cassée. Par de simples astuces, Gallupi arrive à repousser à des extrémités inouïes le moment où la Cocotte-Minute va inévitablement exploser. Il est manifestement très doué dans tous les domaines : écriture, direction d’acteurs, mise en scène. Le fait de situer l’action à une époque où les téléphones portables n’existaient pas lui donne une qualité intemporelle, mais on pense beaucoup aux années 90 qui ont vu éclore les films des Coen, de Tarantino, ou encore de John Dahl dont le Red Rock West utilisait le même gimmick d’un endroit impossible à quitter. Même les acteurs semblent avoir été choisis pour évoquer le cinéma de cette époque, jusqu’au diner, prétexte à une série de clins d’œil discrets à David Lynch (le café, la tarte, Roy Orbison dans le juke-box…). Le résultat ne prétend à rien de plus qu’un exercice de style, mais il trouve un équilibre très séduisant entre suspens, humour noir, violence et cruauté.

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