Netflix a mis en ligne le 30 septembre le documentaire L’affaire Watts: chronique d’une tuerie familiale, inspiré d’un fait divers ayant tenu en haleine les Etats-Unis en août 2018. Un père de famille commet l’irréparable et arrache la vie à sa femme enceinte et ses deux jeunes filles. Un film puissant de 80 minutes qui s’est rapidement hissé en quelques jours dans le top 10 des œuvres les plus regardées de la plate-forme.
De la même façon que l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès chez nous (cf. le succès de Society cet été), l’histoire tragique de la famille Watts a horrifié les Américains, en soulevant les sempiternelles questions: comment passe-t-on de l’apparente banalité à la monstruosité? Comment une famille, parfaite en apparence, peut basculer dans l’horreur?
Le 13 août 2018, une femme, Shanann Watts, 34 ans, rentre d’un séminaire. Il est 2 heures du matin quand une amie la dépose chez elle. Le lendemain, elle ne répond plus au téléphone. Elle a disparu avec les deux filles du couple, âgées de 3 et 4 ans. Chris, son mari, les cherche partout. L’alliance de son épouse est retrouvée sur la table de nuit. Et manquent aussi les édredons de ses enfants. La maison reste propre, trop propre pour ne pas éveiller les soupçons.
Août 2018, Christopher Watts est soupçonné d’avoir tué sa femme enceinte de quinze semaines et leurs deux fillettes, des infanticides dont il accuse au contraire son épouse. Le principal suspect ayant dans un premier temps lancé un appel télévisé adressé aux membres de sa famille supposément disparus. Plus tard, le corps de Shanann est retrouvé enfoui sur le terrain d’un site industriel où travaillait le mari. Les cadavres de leurs filles ont eux été découverts un peu plus tard dans une citerne de carburant à proximité. Christopher Watts avait une liaison avec l’une de ses collègues, comme l’ont découvert les policiers.
Pourvue d’une mine d’informations, la réalisatrice Jenny Popplewell revient sur les faits en utilisant absolument tout: tout d’abord, les vidéos des réseaux sociaux de la femme assassinée – aux yeux de tous, les Watts affichaient l’image d’un bonheur familial uni, la mère louant les qualités de père et de mari de Chris. Mais aussi les lettres mises à disposition par les proches, les derniers messages personnels échangés sur son téléphone portable ainsi que les images de vidéosurveillance de son domicile. En parallèle, les archives des médias défilent ainsi que les captations des policiers, les enregistrements des interrogatoires et du tribunal. Tout, jusque dans les détails, se révèle d’un réalisme terrifiant.
L’homme, qui a avoué les faits et plaidé coupable pour éviter la peine de mort, a été condamné à trois peines de prison à vie sans possibilité de remise en liberté. Aujourd’hui incarcéré à la prison de haute sécurité de Waupun dans le Wisconsin, il serait au courant de l’existence de ce documentaire de Netflix mais « ne le verra probablement jamais« . Depuis, il correspond avec des femmes par courrier; certaines ont montré à son égard un intérêt romantique. Au-delà du fait-divers qui glace le sang, une invitation à se méfier de toutes les apparences.

