La Decouverte Dvd : « Box 507 » de Enrique Urbizu

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Box 507 est un film policier évident sur la forme, complexe dans le fond, qui unit deux destins aux ambitions contradictoires. Malgré ses nombreux prix (dont le Grand Prix du festival policier de Cognac en 2003), le film n’a connu de sortie en salles dans l’Hexagone. Il est des décisions injustes et incompréhensibles. Sa sortie en DVD est une occasion à saisir pour se faire une bonne toile.

Cela fait un petit bout de temps que la bonne rumeur courre autour de cette Box 507 (Caja 507) qui a tout raflé au festival de Cognac en 2003. Alors qu’il eût été logique que nos bonnes âmes productrices daignent lui offrir une sortie dans les salles en bonne et due forme, ce film d’Enrique Urbizu n’en a pas eu les honneurs. Après vérification, c’est une injustice : le film retors, épuré et très habile dans sa construction dramatique ne méritait guère un tel opprobre. Il s’appuie sur une introduction remarquablement efficace (la colline en feu contrastant avec la beauté de la nature perçue du point de vue du petit ami de l’adolescente constitue une image de cinéma marquante), un canevas simple aux enjeux plus complexes qu’il n’y paraît (histoire de brouiller la barrière manichéenne du bien et du mal),et surtout deux personnages diamétralement opposés, excellemment incarnés, rassemblés autour d’un même objet obsessionnel et élément perturbateur : un dossier compromettant contenu dans le coffre 507.

Deux histoires en une ? Oui. Celle d’un directeur de banque qui à travers le dossier découvre que la mort présumée accidentelle de sa fille il y a sept ans ne l’est pas et celle d’un ancien flic devenu homme de mains de la mafia, personnage Ellroyien en diable, paradoxe ambulant. A travers ce prisme, les personnages sont si déterminés par leurs actes qu’ils se frottent à des univers interlopes et n’ont peur de rien, surtout pas de la mort. Et seule la mort pourra les arrêter. Loin d’être un défaut, l’apparente lenteur du récit est liée à la matière même de l’histoire : c’est une enquête policière aux accents documentaires et journalistiques menée parallèlement comme une thérapie par un personnage qui cherche autant la vérité que le soulagement de sa douleur. Dans cette perspective, il progresse pas à pas. Son opiniâtreté sourde impressionne et sert la violence tacite d’un récit très tendu. L’autre histoire (celui du flic qui a basculé dans la mafia) use d’une violence plus graphique. Le récit tire sa force de cette ambivalence jusqu’au climax final qui débouche sur le croisement attendu. La détermination du cinéaste à coller aux personnages assure au film une consistance psychologique très dense. Les paysages andalous lumineux créent un subtil décalage avec la noirceur des événements. Ce contraste accentue la corruption ambiante et la beauté asphyxiante d’un cadre où en profondeur se trament des coups bas, des pactes et des magouilles délétères.

De la même manière que I’ll sleep when I’m dead (Mike Hodges, 05), actuellement au cinéma, Urbizu n’invente rien mais reprend intelligemment toutes les conventions du film de vengeance. C’est peut-être ici que réside sa faiblesse mais cela ne signifie pas pour autant que l’ensemble soit dépourvu d’audaces et de surprises. Les scènes de fusillade sont par exemple aussi brèves qu’intenses. Les premières scènes, elliptiques, doivent à la sobriété de la mise en scène et du montage et résument les faits sans céder à l’hystérie. Faisant fi de la surenchère pour parler de sujets peu frivoles (corruption, trafic mafieux, manipulation…), Urbizu zappe les pirouettes malintentionnées et filme des cheminements existentiels en châtiant les débordements lacrymaux et les bifurcations complaisantes. Il ne trouve sa limite que dans une conclusion par trop discutable mais dans l’ensemble, c’est au-dessus du tout venant. La simplicité linéaire du trait rappelle au passage à nos cinéastes les plus malins qu’ils ne sont pas obligés de manipuler le spectateur avec des rebondissements tarabiscotés et pléthoriques pour traiter de la manipulation mais qu’il suffit juste de miser sur l’intelligence du spectateur. Comme Urbizu ici même. Quelque part entre le cinéma HK et un bon Friedkin des années 80, Box 507 est un thriller investigatif, brut et sec, qui mérite que l’on s’y attarde.

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