C’est connu, derrière chaque loup, se cache un homme. Magie des décors, des éclairages et des récits terrifiants, une relecture psychanalytique des contes où il est risqué de croiser le regard d’un homme un peu trop velu pour être honnête.
La jeune Rosaleen (Sarah Patterson) vit mal son adolescence. Elle a 13 ans et la vie est dure. Elle s’enferme dans sa chambre, s’endort et est transportée dans le temps indéterminé des contes de grand-mère. Dans ces rêves, elle se fantasme paysanne dans un village moyenâgeux au milieu d’une forêt de conte de fées, aux côtés de ses parents. Lorsque sa sœur – qu’elle déteste – meurt, Rosaleen squatte chez sa grand-mère (Angela Lansbury, aka Arabesque!) qui la met vite en garde contre les hommes «dont les sourcils se rejoignent». Les nuits de pleine lune, ils se métamorphosent en loup-garou quand on leur marche sur les pieds. C’est le système victorien de l’éducation par la peur dans une campagne humide, pleine d’insectes dégoûtants, de cimetières, de chemins interdits. Dans cette esthétique boîte de chocolats, du sang qui gicle, des peaux arrachées, des chairs visqueuses.
Cinéaste irlandais vraiment étrange (The Crying Game, The Butcher Boy), Neil Jordan ne cherchait pas tant à rivaliser avec John Landis et Joe Dante qu’à donner une forme merveilleuse et effrayante au savant croisement de contes fomenté par l’écrivaine Angela Carter, auteure qui donne aux versions originales des contes d’enfance un petit supplément de perversité et de fantastique. Pour ce faire, il a fait appel à Anton Furst (Alien) pour l’écrin, à Christopher Tucker (Elephant Man) pour les effets spéciaux et s’est entouré de cameos de luxe (David Warner, Terrence Stamp ou encore Danielle Dax en femme-loup). Les références aux contes populaires (Le Petit Chaperon rouge, Barbe bleue, La Belle et la Bête, Le Chat botté etc.), déjà présentes dans le roman d’origine par Carter, étaient autant de balises censées rassurer l’héroïne et nous rassurer par la même occasion. Ainsi, on passait d’un mini-conte à une autre sans être perdus.
Pourtant, quelque chose d’inédit, plus indiscernable, sourdait, grondait dans les corps. L’intérêt résidait dans l’atmosphère envoûtante et mystérieuse, dans l’appel lointain des légendes surnaturelles, dans la nécessité d’apporter un sang nouveau. Cette variation lycanthrope, qui traduit parfaitement l’univers de Carter – un romantisme noir, dans lequel l’érotisme et le bizarre font bon ménage – embrassait le mythe du loup-garou comme une métaphore de la sexualité des jeunes femmes en fleur, traduisant la peur des hommes trop velus et la peur de «voir le loup». Au bout du conte, La compagnie des loups se termine sur une image inoubliable. Un cri de peur, un cri de jouissance. Un frisson, un orgasme. Une première fois.
1h 35min / Drame, Epouvante-horreurDe Neil Jordan Scn Neil Jordan Avec David Warner, Angela Lansbury, Sarah Patterson Titre original The Company of Wolves |

1h 35min / Drame, Epouvante-horreur