« La Chambre d’à côté » de Pedro Almodóvar : mortelles confidences

LES ETOILES DE LA REDAC

Marco Santini
Romain Le Vern
Morgan Bizet
Lucie Chiquer

Fatalité des retrouvailles. Ingrid (la Moore) est romancière et elle renoue contact avec son amie Martha (la Swinton), ex-correspondante de guerre, qu’elle n’a pas revu depuis longtemps. Des retrouvailles précieuses puisqu’en effet, cette dernière, atteinte d’un cancer, n’a plus longtemps à vivre. Se confiant toutes deux, Martha fait une demande à son amie: celle d’être à ses côtés dans son projet de mort anticipé…

Conversion anglo-saxonne. Si l’annonce d’un nouveau film d’Almodóvar est moins l’événement d’alors qu’une heureuse nouvelle désormais, ce projet-là pose sa singularité. Il s’agit de sa première grosse production outre-atlantique (après les vignettes anecdotiques qu’étaient La Voix humaine et Strange way of life). Une donnée voulant tout et rien dire, donnée marketing tout au plus, mais qui néanmoins attise la curiosité, surtout après que le film a remporté le lion d’or à la Mostra de Venise. Adapté du roman Quel est donc ton tourment? de Sigrid Nunez, nous sommes en terrain connu dès la première minute. Cartons génériques de couleurs, plans gorgés de teintes vives jusqu’aux vêtements et accessoires. Seul le cadre change bien sûr, et l’on sourit d’abord à cette adaptation située à New-York. Le réalisateur ne boude pas son plaisir à suivre ses protagonistes dans des images léchées, vitrines urbaines, platanes et buildings propres sentant bon le bagel. Un peu chichiteux certes, avant qu’un autre élan ne vienne s’ajouter.

Lesdites retrouvailles invitent à une conversation qui sera le fil rouge du film. Digressions artistiques et encarts sous forme de flash-back (accessoires), avant que le vrai enjeu ne se dévoile. Le projet de l’une nous embarquera dans une confidence intrigante, pacte secret et sororité. Le point fort du film puisque deux dynamiques viendront se superposer: la superficialité pastelle de la ville contrastant avec la gravité vive des deux femmes; double espace-temps de même où, bien qu’au présent, on évoque le futur dans lequel la mort aura fait son œuvre, occasionnant un décalage troublant. Les plans en plongées surplombantes révéleront la responsabilité écrasante qui pèse sur nos héroïnes, et l’arrière-fond les auréolant durant leurs échanges illustrant leurs ressentis mutuels. Seulement voilà, le risque lorsque des réalisateurs étrangers au style affirmé tournent dans un autre pays, c’est qu’il se caricature malgré eux. Du reste, cela se ressent un peu. On connaît le goût de l’Espagnol pour les retournements improbables. Une signature par forcément désagréable, mais qui titille ici notre suspension d’incrédulité. Certaines péripéties sont difficiles à croire (l’oubli de cette pilule, bon sang?), on part s’éteindre dans un cocon Airbnb design, les personnages manquent de densité en eux-mêmes uniquement caractérisés par leurs rôles ou leurs choix (Julianne Moore doucereuse en témoin compatissante), et la symbolique utilisée, même si pas déplaisante: les liens affectifs en temps de guerre pour illustrer l’ultime combat du cancer peuvent apparaître hors propos.

Ici, on raconte, on se raconte… frôlant la pose. Les échanges se désirant pleins d’une méditation lumineuse sur la vanité (oui oui Pedro, on a bien compris tes refs à Gens de Dublin de John Huston et au Bergman tendance Persona), ne font que surligner ce qu’on n’aurait pas encore compris. Devant l’imminence du projet funèbre, les deux héroïnes ne feront qu’édicter les difficultés et conséquences personnelles que suppose son exécution. Et si l’on appréciera l’ensemble comme une capsule intime nous invitant à apprivoiser le présent dans ce contexte d’urgence douce, le film peine toutefois à transcender son propos au-delà.

8 janvier 2025 en salle | 1h 47min | Comédie, Comédie dramatique, Drame
De Pedro Almodóvar | Par Pedro Almodóvar
Avec Tilda Swinton, Julianne Moore, John Turturro
Titre original The Room Next Door

 

Ici, on raconte, on se raconte… frôlant la pose. Les échanges se désirant pleins d’une méditation lumineuse sur la vanité (oui oui Pedro, on a bien compris tes refs à Gens de Dublin de John Huston et au Bergman tendance Persona), ne font que surligner ce qu’on n’aurait pas encore compris. Devant l’imminence du projet funèbre, les deux héroïnes ne feront qu’édicter les difficultés et conséquences personnelles que suppose son exécution. Et si l’on appréciera l’ensemble comme une capsule intime nous invitant à apprivoiser le présent dans ce contexte d’urgence douce, le film peine toutefois à transcender son propos au-delà."La Chambre d’à côté" de Pedro Almodóvar : mortelles confidences
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