Cinéaste canadien venu d’ailleurs, fabriquant d’images hors norme, Guy Maddin trace depuis quelques années un sillon singulier dans un univers cinématographique de plus en plus formaté. Chaos se devait de l’inviter à parler de cinéma à minuit.
Quel est votre rapport au cinéma?
Guy Maddin: Je veux utiliser le cinéma, mon cinéma même, pour m’enivrer.
Quelle est votre définition du cinéma et que préférez-vous dans un film?
J’aime les films qui nous montrent nous-mêmes, et j’aime les films qui ne nous montrent rien. Je suis omnivore. Mais mes films préférés se glissent sous le couvercle de ma tête et y bourdonnent de la manière la plus agréable qui soit, en m’agitant et en me relaxant, parfois simultanément, avec la logique onirique totalement irrationnelle des films et la précision soigneusement produite et la logique mathématique d’un ingénieur. Ces derniers me procurent du plaisir, tout comme les mélanges de ces deux extrêmes. Parfois, j’aime une bonne comédie musicale.
Quel est le premier film que vous avez vu?
Fourten hours, un film avec Richard Basehart, qui raconte l’histoire d’un homme sur le rebord d’une fenêtre qui menace de sauter. Je devais avoir 3 ans quand je l’ai vu. Je me souviens avoir été déçu qu’il ne saute pas.
Quels sont les films qui vous ont le plus marqué par leur intensité ou leurs images?
Le travail de Josef von Sternberg avec Marlene Dietrich, Scorpio Rising de Kenneth Anger.
Y a-t-il eu « un avant et un après » avec un film?
Oui, la vie avant Zéro de conduite de Vigo n’avait pas de sens, la vie après Zéro de conduite vaut la peine d’être vécue.
Croyez-vous qu’il y aura encore des films en 2050?
J’ai besoin d’y croire, mais je n’ai aucune idée de ce en quoi ils auront pu évoluer. Le rock’n’roll existera probablement encore. Peut-être que le cinéma et le rock seront comme l’opéra, suivis avec un respect poussiéreux par certains et avec une véritable passion par un nombre encore plus restreint, tandis que tous les autres feront en sorte que leurs selfies en hologramme fassent l’amour entre eux.
Le dernier film que vous avez aimé?
Vampir Cuadecuc de Pere Portobella, que j’ai vu il y a quelques mois. Il est disponible sur YouTube.
QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
UN FILM: Gentlemen Broncos (2009)
UNE HISTOIRE D’AMOUR: Gaston Modot & Lya Lys dans L’Âge d’or de Luis Buñuel & Salvador Dali
UN FILM QUI FAIT SOURIRE: Gigolo à tout prix
UNE VISION: Chaque fois que je regarde un film d’Abel Gance, je retrouve une de ses visions. J’adore tous les morts qui sortent de leur tombe à la fin de son J’accuse, la version des années 1930. Je pleure chaque fois que je le regarde, et mes larmes doivent se frayer un chemin jusqu’à mes pieds en passant devant une chair de poule géante.
UN ACTEUR: Jacques Nolot
UNE ACTRICE: Ariane Labed
UN CLOWN MALADE: Lon Chaney
UN DÉBUT: La séquence de la poursuite sur les toits dans Vertigo
UNE FIN: Le silence sur le front occidental
UN TWIST DANS UN FILM: L’apparition soudaine du clonage au 19ᵉ siècle dans un acte de magie autrement impossible dans Le Prestige de Christopher Nolan.
UNE SÉQUENCE CLÉ D’UN FILM: Tout ce qui se passe dans Mission Impossible 4 Protocole Fantôme.
UN PLAISIR COUPABLE: La série télévisée Friends.
UNE RÉVÉLATION DANS UN FILM: Ordet de Dreyer est une comédie!
CE QUI FAIT RIRE DANS UN FILM: L’humiliante reconnaissance de soi!
UN FILM SINGULIER: Tu es tellement fou, Jerry !
UN FILM DE RÊVE: La chute de la maison Usher d’Epstein.
UNE MORT DANS UN FILM: La mort d’Oddjob dans Goldfinger.
UN DUO: John Travolta et Lily Tomlin dans Moment by Moment. Robert Ryan et Tina Louise dans Day of the Outlaw.
UNE SÉQUENCE SEXY DANS UN FILM: Les prémisses de Three in the Attic
UN SILENCE: La fusillade de Fredo Corleone dans Le Parrain II.
UN CHOC: La prise de conscience que Lon Chaney a commis une erreur en faisant chanter un médecin pour qu’il l’ampute de ses bras dans L’Inconnu.
UN ARTISTE MÉCONNU: Lupu Pick
UN TRAUMA DANS UN FILM: Divine, mangeuse de caca, à la fin de Pink Flamingos.
UN GÂCHIS: Never the Twain, un film perdu dont seule l’affiche a survécu.
UN SOUVENIR QUI VOUS HANTE: Ne pas avoir pu regarder tout Hush Hush Sweet Charlotte parce que j’avais trop peur, puis rentrer chez moi dans les buissons sur la rive du lac Winnipeg en espérant que Joseph Cotton ne fasse pas tomber une tête des arbres.
UN FILM FRANÇAIS: La Maternelle (Henri Diamant-Berger, 1949)
UN RÉALISATEUR: Stroheim
ENFIN, UN AUTRE (RÉALISATEUR): Sokurov
UN FANTASTIQUE: Keaton et Vigo collaborent
UN BAISER DANS UN FILM: Les baisers interrompus à plusieurs reprises dans L’Age d’or, culminant avec la succion de l’orteil d’une statue.
UNE BANDE-SON: Vertigo
UNE CHANSON POUR UN FILM (JAMAIS UTILISÉE DANS UN FILM): La chanson Wominazer de Britney Spears a-t-elle été utilisée dans un film? Si non, alors Womanizer!
UNE CHANSON PARFAITE DANS UN FILM: Forty-Second Street (Dubin & Warren)
UN MONSTRE: s’il ne doit y en avoir qu’un, que ce soit le monstre de Frankenstein de Karloff.
JE PLEURE TOUJOURS EN REGARDANT… Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg
