« L’inconnu de la grande arche » de Stéphane Demoustier : le film de toutes les surprises

Petit à petit, Stéphane Demoustier, frère d’Anaïs, fait son chemin dans le cinéma français. L’ancien fonctionnaire du Ministère de la Culture au sein département de l’architecture (on va y revenir) devenu producteur avec sa compagnie Année Zéro, puis réalisateur de films à budgets restreints (Terre Battue, Allons Enfants), a connu un tournant ses dernières années avec un César de la meilleure adaptation pour La Fille au bracelet en 2021 et surtout celui de la meilleure actrice pour Hafsia Herzi dans Borgo en 2025. Le voir hériter d’un projet aussi ambitieux que L’Inconnu de la Grande Arche, centré sur le chantier du célèbre monument de La Défense de 1983 à 1987 et sur son architecte, était un défi attendu dans sa carrière. Un défi qu’il relève haut la main.

Il est curieux de voir L’Inconnu de la Grande Arche débarquer à peine quelques mois après The Brutalist de Brady Corbet, tant les deux films proposent une vision à la fois proche et lointaine d’une figure rarement mise en scène au cinéma, l’architecte. Dans les deux films, l’architecte est un homme religieux, décentralisé, issu d’un autre pays, et qui débarque dans un cadre faussement accueillant. Mais là où Corbet filme l’échec de László Toth comme un coup du destin, parce qu’il est un juif survivant de la Shoah, immigré dans un pays hostile – au fond les deux sujets primordiaux de The Brutalist – Demoustier en reste à un degré plus réaliste, politique et social.

Certes, l’impossible conciliation entre Johan Otto von Spreckensel et ses commanditaires (Mitterrand et Subilon) vient aussi de ses croyances, mais l’échec tient avant tout d’une conception du monde et de l’art en plein bouleversement dans les années 80 en France. La première cohabitation sous la Ve République entre un Président de gauche et un Premier Ministre de droite marque la fin d’un rêve et d’une époque, le passage définitif et sans retour d’une France socialiste, culturelle, à une France des profits, capitaliste. Tout ça aurait pu être trop discursif ou théorique, mais Demoustier emballe son film avec précision, humour et élégance, bien aidé par un casting d’une rare justesse. Claes Bang, vu dans The Square, est un Johan Otto von Spreckensel droit, digne et fier, secondé par sa femme qui tire les ficelles, jouée pr Sidse Babett Knudsen (l’héroïne de Borgen). Face à lui, la galerie de français est haute en couleur : Michel Fau hilarant en Mitterand, Xavier Dolan hystérique en Subilon et Swann Arlaud étonnant de fausse gentillesse dans le rôle de l’architecte Paul Andreu.

5 novembre 2025 en salle | 1h 46min | Drame
De Stéphane Demoustier | Par Stéphane Demoustier
Avec Claes Bang, Sidse Babett Knudsen, Xavier Dolan

Les articles les plus lus

« Alter Ego » de Nicolas & Bruno : une comédie piquante, généreusement bête et méchante

Difficile de ne pas s’arrêter devant le pitch de...

« Scream 7 » de Kevin Williamson : de l’épouvante épouvantable

Si on comprend mieux, après l'avoir vu en salles,...

[LA FOIRE AUX TENEBRES] Jack Clayton, 1983

Au début des années 80, les studios Disney se...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!