Comme un éclair à la fin des années 90, le cinéma d’animation était passé d’émissaire du diable à nouvel eldorado avec le boom de l’anime japonaise en salles (le fameux triplé Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki, Jin Roh, la brigade des loups de Hiroyuki Okiura, Perfect Blue de Satoshi Kon): au même moment, la sortie du second long-métrage de Bill Plympton, L’impitoyable lune de miel, prouvait définitivement que le celluloïd n’était plus une affaire réservée aux moins de douze ans. La démonstration avait beau être loin d’être nouvelle (youhou Eiichi Yamamoto, Ralph Bashki, Bruno Bozetto ou René Laloux), il avait fallu ce très sérieux coup de karcher pour rappeler que la souris aux grandes oreilles et au grand portefeuille n’avait pas le monopole du dessin animé. Et qu’on était tout à fait en droit de voir, sous les feutres agités, bien autre chose que des merveilles acidulées.
À l’époque, il fallait remonter aux années 80 avec les films de Picha (La honte de la jungle ou Le chaînon manquant) pour trouver une trace d’animation aux intentions purement graveleuses. Et c’est peu dire que Plympton n’a pas loupé son statut de «Tex Avery pour adultes», bien que la réalité, la vraie, la dure, vous dira que les dessins animés du géant américain étaient loin d’être aussi enfantins, contrairement à l’image reflétée par l’imaginaire collectif. Mais pas d’allusions qui tiennent chez Plympton: le pitch tient d’ailleurs à une défaillance télévisuelle causée par le coït de deux oiseaux, faisant naître un pouvoir extraordinaire à un jeune homme marié bien sous tout rapport. Une simple cicatrice en forme de bulbe lui donne ainsi la capacité de matérialiser ses fantasmes les plus fous, et le plus souvent même inconsciemment. Son épouse en fera les frais, se voyant malaxée et transformée au gré des humeurs vacillantes de son mari, malgré tout fort bienveillant. On pourrait vous dire que le climax de cette énorme farce serait indubitablement LA scène de sexe tant attendue, où la maison elle-même et ses alentours se mettent à éructer en même temps que les deux amants…
Mais les choses ne sont pas aussi faciles chez Plympton: son imaginaire aussi volcanique que celui de son héros, ses coups de crayons gras rageurs à peine dissimulés, sa libido souriante et sa quête de mauvais goût ne s’autorisent aucun break. Pêle-mêle, on y verra un présentateur télé se démembrant dans la joie et la bonne humeur, un téton transpercer un œil (en fait le court Comment faire l’amour à une femme? intégré au chausse-pied à l’intérieur du film), une chanson où chaque mot est illustré à l’écran, un homme ballon, de l’hémoglobine voltigeant majestueusement au son de Bach, des tanks baiseurs, une feuille conduire une tondeuse à gazon, des langues converser entre elles… Et même si ce brave Plympton a continué son petit bonhomme de chemin depuis, il aura rarement retrouvé l’énergie fiévreuse, coquine et inusable de ce film-somme.
18 novembre 1998 en salle | 1h 13min | Animation, ComédieDe Bill Plympton | Par Bill Plympton, P.C. Vey Avec Charis Michaelson, Tom Larson, Richard Spore Titre original I Married a Strange Person ! |
18 novembre 1998 en salle | 1h 13min | Animation, Comédie

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