Revenu en grâce auprès des cinéphiles, après avoir été injustement oublié pendant 10 ans entre Vincere et Le Traître, Marco Bellocchio, 83 ans, déchaîne les passions et ne s’arrête plus de tourner. Peut-être est-ce dû à la veine emphatique, complètement Comedia dell’arte de ses derniers films si son cinéma nous apparaît aujourd’hui d’une vigueur juvénile ou bien son incroyable mise en scène (inoubliable mort du juge Falcone dans Le Traitre)? Sur un fait réel un temps envisagé par Spielberg, L’Enlèvement conte l’histoire vraie d’Edgardo Mortara, garçon juif enlevé de force de sa famille en 1858 pour être élevé comme chrétien. Un rapt sur ordre des autorités du pape antisémite et conservateur Pie IX, afin d’être éduqué dans la religion catholique à Rome.
S’il résonne avec l’actualité, L’Enlèvement est avant tout un portrait de l’Italie dans toutes ses complexités, et de l’aliénation et la violence de la religion instrumentalisée à des fins politiques. L’un des plus grands noms du cinéma italien contemporain, s’est inlassablement attaqué aux institutions et à l’Église, pilier de la société italienne, notamment en 2002 avec Le Sourire de ma mère. Après les Brigades rouges (encore récemment dans la mini-série Esterno Notte) ou la lutte anti-mafia (Le Traître), Bellocchio se penche cette fois sur une affaire qui a défrayé la chronique en son temps, puis est tombée dans un relatif oubli. À l’enjeu politique s’ajoute une dimension intime, dans une famille percutée par l’histoire de l’Italie en train de s’écrire, lors du Risorgimento, l’unification du pays. Le cinéaste impressionne dans sa faculté à passer d’un genre à l’autre, tour à tour mélodrame, fresque historique, thriller et film judiciaire. Un film fou, opératique. M.B.
1 novembre 2023 en salle / 2h 15min / DrameDe Marco Bellocchio Par Marco Bellocchio, Susanna Nicchiarelli Avec Enea Sala, Leonardo Maltese, Paolo Pierobon Titre original Rapito |

1 novembre 2023 en salle / 2h 15min / Drame