Parce qu’on aime vous gaver de culture alors que vous êtes à donf sur BFMTV et les résosocio, le Chaos vous donne quand même de bons westerns pour vous changer la tête d’images.
La chevauchée fantastique (John Ford, 1939)
La légende veut qu’un vendeur ambulant vienne voir le réalisateur John Ford dans son bureau à Burbank et lui fasse part d’un lieu merveilleux à la frontière de l’Utah avec l’Arizona. Ford s’y déplaça et le lieu nommé Monument Valley lui plut tellement qu’il tourna la majeure partie de ses films là-bas. La Chevauchée fantastique fut le premier. Il détient encore aujourd’hui tout ce qui deviendra par la suite les clichés du western: le shérif moustachu, le bandit au grand coeur (premier film de série A de l’acteur John Wayne), la prostituée, le joueur escroc, le docteur alcoolique, le banquier véreux, le représentant de commerce et le méchant gang des frères deviendront des personnages récurrents, tout comme le scénario de vengeance, le duel final, la bagarre du saloon, les cascades que n’auraient pas renié le vieux Tom Mix, l’attaque des Indiens dans la vallée de la mort et les traîtres mexicains qui volent les chevaux, ainsi que la cavalerie qui arrive toujours à temps (mais en retard).
La rivière d’argent (Raoul Walsh, 1948)
Dernier grand western de Raoul Walsh avec Errol Flynn et Ann Sheridan, le réalisateur délaisse les clichés des duels aux pistolets et des charges héroïques pour se concentrer sur le destin d’un homme, chassé de l’armée pour insubordination qui décide de prendre en main son propre avenir avec ses propres règles. Etendues sauvages, saloons, tripots et prospections minières deviennent la toile de fond d’une Amérique en construction. Errol Flynn y incarne le héros repentant qui de l’homme d’affaires sans scrupule qui l’était reprend finalement le chemin de la lutte populaire contre les bourgeois et les notables établis. Face à lui, une sublime Ann Sheridan, à la fois femme d’honneur et de principes et garçon manqué pour assister son mari, exploitant de mines d’argent.
La prisonnière du désert (John Ford, 1956)
C’est sans doute un des films les plus riches, les plus complexes et les plus sombres de John Ford. John Wayne joue ici un rôle de cavalier solitaire, sortant de la guerre de Sécession. La vraie différence réside dans la manière simple de filmer, le réalisateur montrant tout simplement l’humanisation des personnages dans une histoire touchante d’obsession et de quête de soi. Le cadrage si particulier, les décors (Monument Valley), les personnages, mais aussi l’hommage envers Harry Carrey qui a été l’un de ses acteurs fétiches durant le western muet font tout son sel.
7 hommes à abattre (Budd Boetticher, 1956)
Non content de posséder un univers débarrassé de tous les oripeaux ampoulés à la John Wayne et consorts, le film est assez court (1h15) et déploie un univers aride et âpre, à l’image véhiculée par le Far West. L’histoire d’un héros iconique et impartial qui veut la peau de 7 énergumènes, coûte que coûte. Aidé à mi-chemin dans sa quête de rédemption par un précieux acolyte, il va poursuive corps et âmes ses proies de manière immodérée. Le charisme de Lee Marvin et de Randolph Scott y est pour beaucoup. Marvin joue un personnage sournois, manipulateur et totalement aveuglé par la récompense qu’il tirera des cadavres des sept hommes qui sont mis à prix. La manière dont le cow-boy applique sa vengeance implacable jure profondément avec l’approche nuancée des héros de l’époque. Loin de tout état d’âme, la « rugosité » et la nervosité du héros de 7 Hommes à abattre impose un personnage peu cérébral qui se pose très peu de questions, et agit avec une facilité déconcertante. C’est simple, direct et efficace.
Rio Bravo (Howard Hawks, 1959)
Après John Ford, John Wayne tourne ici sous la houlette d’Howard Hawks. Après quatre années d’inactivité, le réalisateur de Scarface revient au cinéma avec un western. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’octroie la présence du Duke. A ces côtés, se trouvent également Dean Martin et Ricky Nelson. Deux chanteurs qui prêteront leur voix. A sa sortie, si le film a été reçu comme un simple western de plus pour John Wayne, c’est aujourd’hui l’un des plus grands classiques du genre. Le public l’adopte et le succès est immédiat.
Le bon, la brute et le truand (Sergio Leone, 1966)
L’homme sans nom est un souvenir fondateur de cinéphile. La silhouette du grand Clint, reconnaissable entre toutes et l’univers de Sergio Leone. Sauf que ce film est le troisième de la «trilogie des dollars» (appellation impropre s’il en est), et ici il a un nom, du moins un surnom, Blondin. Il est «le bon», même s’il est au fond aussi peu chevaleresque ou noble que la brute (Lee Van Cleef) et le truand (Eli Wallach). Le contexte est également très différent. Dans Pour une Poignée de dollars et Pour quelques dollars de plus, on était dans une structure narrative assez simple, presque épurée, un étranger arrive dans une ville pour y semer le chaos, redresser quelques torts: châtier un tyran local ou braquer une banque en concurrence avec un autre bandit. Ici, Leone compose un film d’une toute autre ampleur et revisite l’Amérique qu’il aime, méticuleusement, sur fond de guerre de Sécession, dans des séquences qui ont valeur de fresque (la grande séquence de la bataille qui souligne l’absurdité totale de la chose guerrière). Même si Leone a l’air de traiter cela légèrement, à travers la bouffonnerie de Wallach ou l’ironie lapidaire d’Eastwood, c’est la froideur indifférente de Van Cleef qui est l’expression la plus pure de son pessimisme. Enfin il y a ces plans majestueux, dominés par l’absence de sacré, la dérision universelle (les pendaisons tronquées, les visages des quidams, l’horrible gravité des soldats jouant dans l’orchestre pendant que l’on torture). Et il y a enfin le duel final, inégalable. La scène est encore transcendée par la musique grandiose d’Ennio Morricone. Au milieu du cimetière la tragédie se met en place, méticuleuse et symétrique, chorégraphique. Les plans se resserrent sur les visages tendus, les regards dans l’attente de l’inexorable issue. Puis la musique s’arrête. Les coups de feu éclatent. Rien n’est réglé et tout se conclue étrangement, comme si tout ce suspense ne pouvait que demeurer irrésolu.
Le temps du massacre (Lucio Fulci, 1966)
Tom Corbett, un orpailleur, reçoit le message d’un vieil ami de sa famille qui lui conseille de revenir au pays natal. Le ranch de son frère, le village tout entier, même la banque, appartiennent désormais à la famille Scott. Tom réussit à retrouver son frère qui vit avec sa vieille nourrice dans une ancienne maison hors du pays… Aujourd’hui connu pour ses productions horrifiques, Lucio Fulci a réalisé ce western spaghetti après Pour une poignée de Dollars, de Sergio Leone. Django, de Sergio Corbucci; Texas Adios, de Fernandino Baldi; et Le temps du massacre sont sortis la même année, propulsant Franco Nero au rang de star indiscutable du genre. Ce qui frappe, c’est le désabusement total du récit. Les longueurs traduisent la lente reconstruction des deux frères avant la déflagration finale préfigurant les gunfights de John Woo. La rigueur scénaristique est redevable au sous-estimé Fernando Di Leo. Les scènes marquantes (le prologue inspiré des Chasses du Comte Zaroff, les coups de fouet), la composition des plans et le travail sur la profondeur de champ témoignent de la virtuosité de Fulci qui organise un « théâtre de la cruauté » au sens propre.
Il était une fois dans l’ouest (Sergio Leone, 1968)
En trois films, l’italien Sergio Leone était déjà rentré dans la légende du western. Initiateur, avec sa trilogie des Dollars, d’un nouveau genre, le western spaghetti (bien qu’on puisse aussi noter l’influence prépondérante du premier Django), Leone rentrera définitivement dans l’Histoire du cinéma avec Il était une fois dans l’Ouest, sans doute le western le plus archétypal, le plus copié et le plus présent dans l’esprit du grand public, de tous les temps. Sur un scénario de Dario Argento et Bernardo Bertolucci (excusez du peu), une histoire de vengeance et d’héritage convoité où Leone filme le désert comme un immense terrain de jeu.
La horde sauvage (Sam Peckinpah, 1969)
S’il est évident que le western sera toujours affilié à quelques grands noms tels que Ford, Hawks ou Leone, il serait dramatique d’oublier la fameuse terreur d’Hollywood, le réalisateur colérique et à moitié fou Sam Peckinpah qui non seulement signera l’arrêt de mort officiel du western mais surtout le fera avec un brio incroyable au travers de films tous plus cultes les uns que les autres, de l’inoubliable Pat Garrett et Billy le Kid (1973) au monstrueusement profond Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia (1974). Mais le cinéaste dévoué à la cause de la violence et de la colère, jurant de vouloir dénoncer l’hypocrisie américaine et sa mauvaise conscience, avait déjà offert le coup de grâce en 1969 au travers d’une œuvre au nihilisme incroyable et déviant, tellement radical et violent que le film lors de sa sortie connut une réputation sulfureuse et fut totalement dénigré voire littéralement charcuté comme chacun sait. Ce film, c’est La Horde Sauvage, une histoire à la complexité bien plus grande que la plus part des westerns traditionnels ou spaghettis, tant Peckinpah s’acharne a y apporter une nouvelle vision rendant l’ambiguïté qui est propre à chaque être vivant. Là où Sam fait très fort, c’est qu’il va au bout de sa démarche, rendant héroïques les pires salopards de l’histoire par un acte de bravoure plus désespéré que réellement réfléchi et en les lançant dans l’un des plus impressionnants massacres de l’histoire du cinéma…
El Topo (Alejandro Jodorowsky, 1970)
Réalisé après Fando y Lis, El Topo est un croisement unique entre le western spaghetti et le surréalisme à la sauce panique avec beaucoup de délires psychédéliques propices à séduire la génération flower power. On y voit Jodorowsky père et fils qui traversent des épreuves dans le but d’assouvir une vengeance et de concrétiser une quête mystique. Proche des récits picaresques, cette trame aux images brutes repose sur une poésie accidentelle, approximative et abstraite, sciemment déroutante, souvent sublime, qui constitue la marque de fabrique du cinéaste (voir La montagne sacrée). Alors que Jodorowsky était boudé par la presse américaine avec son précédent long métrage, El Topo a initié la mouvance des midnight movie qui étaient diffusés lors des séances de minuit, et a incidemment permis l’aura culte du Rocky Horror Picture Show et la découverte de cinéastes comme David Lynch et John Waters avec respectivement Eraserhead et Pink Flamingos. Total respect.
Mon nom est Personne (Tonino Valerii et Sergio Leone, 1973)
Réalisé par Tonino Valerii, écrit par Sergio Leone, et composé par Ennio Morricone, Mon nom est personne est l’une des grandes références du western spaghetti. Bien plus qu’une simple parodie, le film oppose la légende Henry Fonda au clown Terence Hill. Le premier incarne la tradition, l’image des cowboys dans les films de Leone, un personnage sombre et dur, acteur de duels impitoyables sous le soleil aride du grand ouest américain. Le second symbolise quant à lui le renouveau, la jeunesse, la parodie, les films où l’on préfère se battre à coups de paires de claques plutôt que de se servir de la paire de colts. Dans ce film, donc, une école laisse place à une autre. Ce film est une conclusion, voire une transition vers un style changeant, le bilan d’un cinéma passé, de ses codes et de ses valeurs, avant l’arrivée de la relève. La séquence où Fonda en vieux lion fatigué chausse ses lunettes pour un ultime moment de bravoure est inoubliable. Une page se tourne, les mythes sont dépassés.
L’Étalon de guerre (Anthony Harvey, 1979)
Un film réalisé le célèbre monteur de Lolita et du Dr Folamour à qui on doit L’espion qui venait du froid, atypique comme l’ensemble des westerns postérieurs à La Horde Sauvage de Peckinpah. S’inscrivant dans la droite lignée de Little Big Man et Un Homme Nommé Cheval, une fable où un indien alcoolique (Sam Waterston) et un cow-boy trappeur (Martin Sheen) sont tous deux à la poursuite du même cheval.
Danse avec les loups (Kevin Costner, 1990)
Aux grandes heures du western et dans la mythologie qui s’est créée autour, l’Indien est le méchant absolu. Ainsi, il aura fallu pas mal de temps pour que la civilisation des Américains originels soit dépeinte avec respect. Cela commença avec Little Big man de Arthur Penn ou Les Cheyennes de John Ford. Mais c’est assurément Kevin Costner qui a livré la plus grande fresque sur ce noble sujet en 1990. Il y campe un soldat déchu, récoltant l’affectation qu’il convoite après un acte de bravoure suicidaire. Il devient le seul occupant d’un fort isolé. Peu à peu, il fait connaissance avec ses voisins sioux. Il revient de tous ses préjugés et devient l’un d’entre eux.
Impitoyable (Clint Eastwood, 1992)
Sans doute l’un des plus beaux westerns jamais tourné et probablement, l’œuvre la plus importante d’Eastwood. Il s’agit d’une réflexion sur la valeur de la vie, sur la gravité morale du meurtre. Le culte du six coups n’est pas de mise dans ce film. Ce qui le rend si particulier, c’est la réticence des cow boys à donner la mort. «C’est grave d’ôter la vie à un homme, dit William Munny, le personnage principal. On lui enlève tout ce qu’il a et tout ce qu’il aura jamais.» Et c’est là tout le sujet du film. Impitoyable est un film fascinant. Parce qu’il nous parle de la mort. Sur les conséquences d’un coup de feu. A quel point, le meurtre peut envahir une conscience, ruiner une existence. A quel point, le poids de la culpabilité est insoutenable. Eastwood fait cela très simplement, à échelle humaine, en montrant des choses que l’on ne sait plus voir. C’est autant le criminel que la victime qui subit le coup de feu. Le film commence là où les autres westerns s’arrêtent, sur les conséquences du chaos. C’est en cela qu’il est unique.
Mort ou vif (Sam Raimi, 1995)
Alors en pleine période crépusculaire, cela fait plaisir de trouver un western à la cool, composé uniquement de duels au soleil (ou sous la pluie) filmé par un Sam Raimi prenant son pied. Chaque duel est tourné d’une manière particulière et Raimi multiplie les zooms compensés, les cadrages penchés sous une photographie du célèbre Dante Spinoti et d’un montage du non moins fameux Pietro Scala (Gladiator). Chose étrange, le film fit un énorme four à l’époque et le seul nom mis en avant durant la promotion fut celui de Sharon Stone (qui est aussi productrice), et que le reste du casting est aujourd’hui regardé différemment. Outre Sam Raimi à la réalisation, on note aussi l’apparition de futures stars telles qu’un jeune Leonardo DiCaprio et d’un Russell Crowe étrangement sacralisé alors qu’il s’agissait de son premier film américain. Comme le vin, un film de Sam Raimi se bonifie avec l’âge, et c’est très bien.
L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik, 2006)
Rien de plus agréable au cinéma que d’être surpris par un film qui s’avère l’exact contraire de nos prévisions. Qui aurait pu imaginer que Andrew Dominik, réalisateur australien de l’indépendant Chopper, réaliserait un film viscéralement chaos, étrange, alangui et romantique de plus de deux heures trente avec Brad Pitt, sous l’égide de la Warner? Probablement pas le réalisateur lui-même qui s’est visiblement acharné à réaliser un modèle de contre « film Hollywoodien » qui, dès les premières images (une attaque de train d’une élégance inouïe) bouleverse les icônes et les conventions. Ce n’est donc pas un western avec des duels sanglants, mais un nouveau western où la lutte entre deux hommes (Jesse James et Robert Ford) est psychologique, sentimentale, mortelle. D’un bout à l’autre, une sublime élégie où l’éblouissement et la mélancolie constituent une seule et même nature.