Après James Duval (Doom Generation et Nowhere) et Joseph Gordon-Levitt (Mysterious Skin), voici Thomas Dekker, la nouvelle icône de Gregg Araki et la bombe atomique de Kaboom.
CINEPHILIE
«Il y a des réalisateurs dont chaque nouveau film m’impressionne. Michael Haneke reste mon cinéaste préféré. D’ailleurs, j’ai failli jouer dans le remake américain de Funny Games. Je suis parti à New York deux jours pour rencontrer Haneke. Brady Corbet était déjà casté, je devais jouer le rôle finalement tenu par Michael Pitt. Tant pis… Sinon, j’adore Lars Von Trier, David Lynch. Antichrist est mon film préféré de l’année dernière. J’ai même le tee-shirt avec le renard qui scande «Chaos reigns»! Je ne comprends pas pourquoi ce film est si détesté. Pour moi, c’est carrément un chef-d’œuvre. Je suis allé le voir dans une salle de Los Angeles, en ayant entendu de très mauvaises critiques. Lors du générique de fin, les spectateurs sont restés silencieux, comme s’ils étaient pétrifiés dans leurs fauteuils. C’était la première fois que je voyais ça de ma vie. Au festival de Cannes, je sais qu’il a fait scandale et que les gens se sont marrés… Putain, mais qu’est-ce qu’ils sont cons ! Qu’est-ce qu’il y a de marrant dans ce film ? Je pige pas. C’est comme lorsque je suis allé voir Blue Velvet de David Lynch au cinéma, lors d’une ressortie, et que les spectateurs se marraient quand Dennis Hopper viole Isabella Rossellini. Sérieux, je comprends toujours pas…»
«Mes films préférés ? Dancer in the dark, Funny Games, Mulholland Drive, Elephant, Requiem for a dream… J’ai tellement envie de voir Black Swan. Ça a l’air très proche de Roman Polanski, en particulier du Locataire, un vrai traumatisme. Parmi mes découvertes récentes, j’ai adoré Martyrs, de Pascal Laugier, mais j’ai dû m’y reprendre à deux fois. Au départ, je trouvais ça trop violent, je ne comprenais pas où il voulait en venir. Mais j’ai été bluffé par la mise en scène et la cohérence du scénario. Lorsque Mylène Jampanoï décime la famille, dont Xavier Dolan, un de mes meilleurs potes, j’ai trouvé ça monstrueusement brillant. D’ailleurs, en parlant de Xavier, j’ai beaucoup aimé Les amours imaginaires. Il a un talent fou. C’est drôle parce qu’on possède le même agent. Son film est juste beau, languide, mélancolique.»
GREGG ARAKI : LA FIN DU MONDE, L’ADOLESCENCE…
«Moi aussi, je voulais crever quand j’étais adolescent (il se marre). Pour moi, la morale de Kaboom est terrible : la liberté n’existe pas, c’est un leurre. Et apprendre ça, ou du moins accepter ça, c’est grandir. Etre jeune et ouvert à toutes les sexualités est impossible aux Etats-Unis parce que ça a un prix. C’est comme la fin de Doom Generation : c’est horrible parce que le rêve se transforme en cauchemar. On retrouve ça dans tous les films de Gregg Araki : en apparence, c’est fun ; en profondeur, c’est juste tragique. Mysterious Skin était plus ouvertement tragique : il n’y avait plus aucun espoir. C’est peut-être le film de Gregg Araki que je préfère, sans doute aussi parce qu’il ravive en moi des souvenirs douloureux et qu’il fallait beaucoup de courage pour traiter de la pédophilie comme il l’a fait. Dans tous ses premiers films, la menace était la contamination sexuelle. Aujourd’hui, la peur des jeunes, c’est la peur de l’extérieur, du contact humain, de ne pas assumer ce que l’on est. La fin du monde est une métaphore sur une innocence perdue ou, pire, mourante. A part ça, t’as aimé Kaboom? (rires). Tu peux tout me dire. Moi, j’adore Nowhere et je déteste Splendor, même si la copine de Gregg joue dedans (Kathleen Robertson)»
APOCALYPSE NOW !
«J’aime les films sur la fin du monde et par-dessus tout, j’aime les films qui n’apportent aucune réponse cartésienne. Aux Etats-Unis, tous les films sont majoritairement conçus pour répondre aux attentes d’un public considéré par les producteurs comme «débile». Heureusement qu’il y a des réalisateurs qui ont les couilles de prendre le spectateur pour quelqu’un d’intelligent. Haneke en fait partie. Je me rappelle avoir vu Mysterious Skin et Caché le même week-end et ça fait un bien fou. Haneke aime les fins ouvertes, un peu comme Lynch qui n’apporte aucune solution prémâchée pour mieux coller à l’esprit. Mes parents sont très cinéphiles mais on s’engueule souvent sur les films. Le film que ma mère déteste le plus au monde, c’est Mulholland Drive. Un soir, lors d’une discussion, elle m’a traité de « dégénéré ». Ça m’a fait marrer. Elle, son genre, c’est plus Bresson, Rohmer, Buñuel, et elle déteste ce qui est flamboyant. Les seuls films qui nous rassemblent, ce sont quelques Lars Von Trier comme Dogvilleet Breaking the Waves. Elle m’a accompagné pendant le festival de Cannes et elle a aimé Kaboom– ce qui est surprenant parce que ce n’est pas son style de films, d’autant que j’apparais nu dès la première image.»
LE CASTING
«Je suis tombé amoureux de Roxane Mesquida pendant le tournage de Kaboom. On était tout le temps ensemble. Je la connaissais parce que je l’avais vu dans A ma sœur !, de Catherine Breillat. Je sais que son travail n’est pas aimé en France et c’est comme une anomalie : elle a un talent dingue, très sous-estimé. J’aime tout ce qu’elle a fait, y compris Anatomie de l’enfer. Rien que pour la première scène dans un night-club que je trouve très sexy. Je ne suis pas particulièrement fan de l’acteur (Rocco Siffredi) ; en revanche, j’ai adoré le jeu de l’actrice (Amira Casar). La scène où elle lui fait boire le sang de ses menstruations est énorme. Je ne dirais pas que c’est un chef-d’œuvre, loin de là, mais c’est typiquement le genre de films que j’aime montrer à mes amis américains de nature prude. C’est tellement choquant pour eux ; ils n’en reviennent pas qu’on puisse filmer des trucs aussi trash. En même temps, ça me libère du puritanisme ambiant. C’est en voyant des films pareils que j’ai envie de réaliser des films pour proposer un univers aussi barré. D’ailleurs, c’est ce que j’ai toujours eu envie de faire. A un moment donné, j’arrêterais de jouer pour passer derrière la caméra. C’est mon grand fantasme. En même temps, demande ça à n’importe quel acteur, il te répondra la même chose. Sinon, les autres membres du casting ? Tu veux savoir si je les aime sexuellement ou comme amis? (rires). Tout le monde était un peu bi, en même temps… On se serait cru dans Shortbus 2. Plus sérieusement, je les connais depuis longtemps, même James Duval que j’ai rencontré avant que je ne rencontre Gregg. Mais Roxane, c’est un putain de fantasme. Je pensais que ce serait la femme de ma vie jusqu’à ce que je rencontre Louis Garrel l’autre week-end. Il est tellement canon que je suis tombé raide dingue de lui».

