Comme Park Chan-Wook, Kleber Mendonça Filho a été critique cinéma avant d’être cinéaste. Avant d’y présenter Aquarius et Bacurau en compétition et d’être membre du jury en 2021, il a arpenté la Croisette avec une accréditation presse. Voici trois souvenirs de projections marquantes.
INTERVIEW: ROMAIN LE VERN / PHOTO: GERARD DELORME
Vous avez été critique de cinéma avant d’être cinéaste et vous avez couvert le Festival de Cannes comme journaliste.
KMF: J’ai travaillé comme critique de cinéma de 1997 à 2010. J’ai arrêté à partir du moment où j’ai compris qu’il me serait impossible de continuer à critiquer les films tout en les réalisant. La première fois que j’ai couvert le Festival de Cannes, c’était en 1999 et comme pour tout jeune journaliste de cinéma, c’est la première année que vous n’oubliez pas. Cela vient sans doute du fait que vous découvrez un nombre incalculable de films en seulement dix jours et vous n’êtes pas à l’abri de faire des hallucinantes découvertes.
Si vous deviez citer trois films marquants découverts au Festival de Cannes?
Intervention Divine de Elia Suleiman qui était en compétition. Je me souviens encore de la projection dans la salle Debussy, j’étais complètement fasciné. L’action se déroulait en Palestine mais ça pouvait se passer au Brésil, je me souviens qu’il y avait une tension permanente et que ça pouvait exploser à tout moment. Intervention Divine reste une grande influence pour Les bruits de Recife. D’autres références sont moins évidentes mais celle-ci l’est. Sinon, la première année où je suis venu au Festival de Cannes, je me souviens encore d’Une histoire vraie de David Lynch. Un film totalement sous-estimé et dont personne ne parle. Pourtant, c’est fabuleux. C’est du David Lynch sans le bizarre, sans la violence. Si je devais citer un troisième film, je dirai Bug de William Friedkin que j’avais vu à la Quinzaine des réalisateurs. En sortant de la projection, je me suis dit: «Mais quel âge a-t-il déjà?«. Le Festival de Cannes réclame beaucoup d’énergie pour le journaliste car pendant dix jours, vous êtes sous tension et vous alternez projections, café et cigarettes. Dans cette routine projections-café-cigarette, Bug m’avait halluciné. Une histoire d’amour que j’avais comparé, dans mon article, à La Mouche de David Cronenberg.
