Le Chaos rencontre celles et ceux qui feront le cinéma de demain. Découvrez Joséphine Darcy Hopkins.
Après Nuage, Margaux ou encore Le jour où Maman est devenu un monstre, la réalisatrice Joséphine Darcy Hopkins continue son pèlerinage en terre horrifique avec une sensibilité qui ne ressemble à aucune autre. Avec Les dents du bonheur, à découvrir online sur Arte, elle est loin de choisir la carte de la facilité, entre métaphore sociale revendiquée et tournage avec de jeunes enfants incluant quelques scènes fort éprouvantes (vous êtes prévenus!). Le constat est pourtant sans appel: l’osmose entre l’humour noir, la direction d’acteur, et la description acide de la violence de classe est totale, inespérée, et ne donne envie de dire qu’une chose par-dessus tout: vite, un long-métrage pour Josephine!
D’OÙ VENEZ-VOUS, JOSEPHINE?
Je suis née à Londres d’une mère française et d’un père anglais. À 9 ans j’ai quitté l’Angleterre pour aller vivre avec ma mère dans le Sud-Ouest de la France dans un village de 302 habitants qui s’appelle Meyronne. En arrivant au lycée, j’ai intégré l’option cinéma. J’y ai appris beaucoup de choses et j’y ai réalisé mon premier « court-métrage », un petit film stop-motion en pâte à modeler. Je me rappelle avoir passé beaucoup plus de temps enfermée dans une salle avec ma camarade de classe à faire ce film qu’à réviser pour le bac. C’est aussi dans ces années-là que j’ai découvert le Festival du Moyen-métrage de Brive-la-Gaillarde où j’ai pu regarder des films comme The Grandmother de David Lynch. J’ai toujours été attirée par les univers sombres et étranges, mais la découverte de ces films m’a fait comprendre que je voulais moi aussi me plonger dans ce monde-là et raconter des histoires. J’ai ensuite passé un an au Mexique, puis j’ai intégré l’ESRA de 2014 à 2017. J’y ai écrit et réalisé plusieurs courts-métrages dont Margaux (2016) et Le Jour où Maman est Devenue un Monstre (2017). En sortant de l’école, j’ai réalisé Nuage (2020), mon premier film produit et co-écrit Inexorable (2022) de Fabrice du Welz. Depuis, j’ai réalisé un nouveau court-métrage intitulé Les Dents du Bonheur (2023) qui est disponible en ce moment sur Arte.
POURQUOI FILMEZ-VOUS?
Je pense être passionnée de cinéma et d’histoires en général depuis aussi longtemps que je me souvienne. La fiction a toujours été un moyen pour moi de m’échapper. Je me suis toujours sentie un peu «à côté» du monde et j’ai découvert que le seul endroit où je me sens vraiment à ma place, c’est sur un plateau de tournage. Il y a quelque chose qui me fascine dans le fait de pouvoir concrétiser son monde intérieur et le transformer en images. Souvent, lorsque je coupe une prise qui me plaît, l’idée que cette image m’appartient me traverse. Le temps file, mais l’image reste et je trouve que ça a quelque chose de rassurant.
VOS FILMS CULTES?
Il y en a beaucoup, mais pour en citer quelques-uns, je dirais que les principaux sont Eyes Wide Shut et Shining de Stanley Kubrick, Dancer in the Dark de Lars von Trier, Blue Velvet de David Lynch et La Mise à Mort du Cerf Sacré de Yorgos Lanthimos. Je citerais aussi des films qui ne me quittent pas comme Requiem pour un Massacre de Elem Klimov, Mort à Venise de Luchino Visconti, Portier de Nuit de Liliana Cavani, Crash de David Cronenberg, Exotica de Atom Egoyan, In the Cut de Jane Campion, Pink Flamingos de John Waters, Paradise : Love de Ulrich Seidl, Les diables de Ken Russell, Martha de Reiner Werner Fassbinder, Salo de Pier Paolo Pasolini, Moulin Rouge de Baz Luhrmann, Les Rendez-vous d’Anna de Chantal Akerman, Roma de Fellini, Morse de Thomas Alfredson, À ma sœur de Catherine Breillat, Calvaire de Fabrice du Welz, Créatures Célestes de Peter Jackson… Et dans les films plus récents, les derniers qui m’ont beaucoup marquée sont Bruno Reidal de Vincent le Port, Vortex de Gaspar Noé, Midsommar de Ari Aster et Titane de Julia Ducournau.
