Antony Hickling, réalisateur: « The Garden de Derek Jarman m’a scotché: je n’avais jamais vu un truc pareil »

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ANTONY HICKLING. REALISATEUR. LITTLE GAY BOY. ONE DEEP BREATH. DOWN IN PARIS. 

Quel est votre rapport au cinéma ?
Antony Hickling:
Mon rapport avec le cinéma est très lié à la peinture et au théâtre. Quand je parle de la peinture, ce n’est pas seulement comme un objet ou comme quelque chose de matériel, mais aussi en tant que démarche : on peut travailler la peinture sans forcément savoir où on va. On laisse la peinture et l’imagination nous mener. Dans un musée ou une galerie, un tableau nous interpelle. On a envie de s’arrêter. Il peut avoir un sujet net ou plus abstrait. Mais quelque chose nous frappe, nous parle, sans forcément comprendre, intellectuellement parlant. Une image qui provoque un type de réaction. Une intelligence émotionnelle. En tout cas, c’est comme ça que je vois ce que je fais… C’est la raison pour laquelle j’incorpore toute forme d’art dans mon travail: de la poésie, des performances, du texte, de la danse, etc. ça me fait penser à Brecht, à l’Epic Theatre et à Antonin Artaud avec son Théâtre de la cruauté. Parler viscéralement, émotionnellement, physiquement. Je parle du théâtre aussi puisque je viens de là. Je suis passé par une formation théâtrale et j’ai travaillé dans des troupes pendant des années en Angleterre et en France. Ma façon de créer au cinéma emprunte une voie similaire à la création théâtrale. Je me donne un point de départ, par exemple un tableau et puis c’est parti…

Quel est le premier film que vous ayez vu?
Le premier film dont je me souviens est Le Livre de la jungle (Jungle Book) réalisé par Zoltan Korda, sorti en 1942. À un moment, j’ai eu le surnom Mowgli… J’en étais très fier. Un des films les plus importants qui a marqué mon cinéma était beaucoup plus tard: The Garden de Derek Jarman.

De manière générale, qu’est-ce que vous préférez au cinéma?
De manière générale, je cherche à être frappé au cinéma. Ça peut se passer sur plusieurs niveaux. Pas forcément violemment, mais dans tous les cas, ça doit stimuler, amener à s’interroger et à se poser des questions. Voir les choses autrement et apprendre. Dans l’art, je cherche cela: être frappé, être réveillé.

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité, par des séquences précises ou par la simple force des images?
J’ai déjà mentionné The Garden de Jarman. Je me rappelle clairement quand j’étais étudiant à Manchester University. Je vivais avec quatre étudiants en art. Je suis passé de ma chambre par le salon pour aller à la cuisine… et là j’ai vu à la télé quelques images de The Garden… J’étais scotché… Je n’avais jamais vu un truc pareil. Là, j’étais frappé. Une vraie claque. Salo de Pasolini m’a terrifié. Un film aussi fort, aussi dense, aussi puissant. L’Évangile Selon Saint Matthieu, pareil mais autrement. La poésie et la beauté. Les films de Werner Schroeter… Je pense aussi au Roi des Roses(1986), avec des images de rêve. Sublime.

Est-ce que, dans votre parcours de cinéphile, il y a eu un «avant» et un «après» un film?
Il y a un «avant et un après» avec Bergman, Schroeter, Fassbinder, Fellini, Pasolini, Jarman, Abbas Kiarostami, Buñuel, Cocteau…

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Un film: Belle de Jour 
Une histoire d’amour: Mort à Venise
Un sourire: Pretty Woman
Un regard: L’Évangile Selon Saint Matthieu
Un acteur: John Gielgud
Une actrice: Julie Walters
Un clown triste: Giulietta Masina dans Les Nuits de Cabiria
Une fin: Profession: reporter (The Passenger) 
Un coup de théâtre: Café Müller (Tanztheater)
Une scène clé: Manon des Sources quand l’aveugle annonce que Jean de Florette était son fils.
Une révélation: The Garden de Derek Jarman (1990)
Un fou rire: Les cinglés du camping (Gerald Thomas, 1969)
Un film malade: The Human Centipede 
Un rêve: David Lynch
Une mort: Mort à Venise
Une rencontre d’acteur: Manuel Blanc
Une réplique: «Here’s you beef tea Derek» (Acorn Antiques avec Julie Walters)
Un silence: Ingmar Bergman
Un plan séquence: John Cassavetes
Un choc: Salo
Un traumatisme: Sybil (Daniel Petrie, 1976)
Un souvenir de cinéma qui hante: La couleur pourpre
Un film français: Hiroshima, mon amour
Un réalisateur: Federico Fellini
Allez, un second: Werner Schroeter
Un fantasme: Pink Narcissus
Un monstre: King Kong (Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, 1933)
Un torrent de larmes: Schindler’s List

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