Interview Tetsuya Nakashima (« Kamikaze Girls »)

0
420

Avec Kamikaze girls, Tetsuya Nakashima a remporté un succès inattendu dont il est le premier surpris. Cette histoire intimiste et barrée de deux adolescentes diamétralement opposées qui lient leur différence pour mieux célébrer leur amitié révèle un cinéaste sensible aux problèmes de demoiselles fâchées avec les normes et l’existence.

Quelle est la genèse du projet ?
Tetsuya Nakashima: Je l’ai monté essentiellement parce que j’aimais le roman d’origine. Je me suis dit d’emblée que si je l’adaptais, je pouvais en faire quelque chose de bien. Mais je ne pensais pas du tout à ce moment-là que cela ferait un tel tabac. Je pensais que ça ne séduirait qu’un certain type de public et les cinéphiles acharnés. Les producteurs m’ont laissé un petit budget et au début, on avait projeté de le diffuser dans peu de salles au Japon. Quand on a montré le film aux exploitants de salles, le nombre de cinéma a soudainement été multiplié dans des proportions incroyables. Ils le voulaient tous.

Comment expliquez-vous son succès ?
C’est peut-être à cause du thème qui a éveillé des choses insoupçonnées chez les spectateurs. Peut-être le fait que les deux personnages sont très forts et éloignés. Peut-être qu’à cause du rapprochement de ces deux grands loups solitaires, l’histoire a touché plus de monde. Au fond d’elles-mêmes, elles ont des points communs. Mais au départ, je n’ai fait le film que pour mon plaisir personnel. Au final, tant mieux si ça touche le maximum de monde.

Quelles sont les modifications que vous avez faites à la nouvelle de Novala Takemoto qui traite de la sous-culture Lolita à Tokyo?
Le film est quasiment conforme au roman. Simplement, il y a une seule différence que j’ai introduite. A partir du moment où les deux adolescentes deviennent copines, elles sont copines jusqu’au bout. Personnellement, je trouvais que ça manquait un peu de relief et de suspense donc j’ai rajouté des scènes de dispute supplémentaires. Autrement, j’ai modifié le personnage d’Ishigo (Anna Tsuchiya) que je voulais plus hargneux. Dans le film, elle donne des coups, elle est moins gentille.

Est-ce que le film est conforme à votre storyboard ou est-ce que vous avez misé davantage sur l’improvisation ?
Cela vient certainement du fait que j’ai commencé dans le milieu de la pub mais j’ai besoin que tout soit chronométré à la seconde près. Je voulais à tout prix éviter de tourner des plans inutiles. Sur le plateau, ça n’a pas été conforme à ce que je souhaitais. Anna Tsuchiya a ajouté des mimiques au personnage. Je l’ai laissée faire parce qu’elle avait une forte personnalité. Il y a eu beaucoup de choses qui étaient en dehors de mes calculs mais je les ai gardées parce que ça me convenait ainsi. Au niveau des effets spéciaux, ça n’a pas été évident. La première scène du film, quand elle se heurte au camion, qu’elle est projetée dans le ciel et qu’il y a tout qui tourne, a probablement été la plus dure à réaliser. Pour les séquences animées, j’y ai attaché une grande attention parce que j’utilise beaucoup d’animation dans mes spots publicitaires. Cependant, je tiens à souligner que je ne viens pas du monde de l’animation contrairement à ce que bon nombre de vos collègues soulignent depuis quelques interviews.

Quel genre d’ado étiez-vous ?
J’étais quelqu’un de très discret. Je n’étais pas un ado remarquable ni remarqué. Je ne savais pas ce que je voulais faire plus tard et je n’avais aucun don particulier. J’étais très tranquille, plutôt solitaire. Je n’avais pas beaucoup d’amis et je me racontais des histoires. Je restais dans mon coin à dessiner des mangas.

Est-ce que l’univers de Ghost World vous a inspiré ?
Tout à fait. Je connais bien non seulement le comics mais également le film qui est synchrone, parfait. Je trouve Thora Birch remarquable parce qu’elle ressemble trait pour trait au personnage de la bédé. Dans mes souvenirs, elle avait un caractère assez unique et elle me plaisait beaucoup.

Comment avez-vous travaillé la bande-son ?
Je voulais qu’il y ait toute sorte de musique. Il y a de la musique classique, du rock, du nk. On a beaucoup discuté le choix de l’accompagnement musical sur la bagarre finale et là on a pensé à Johan Strauss. On entend également du Tommy Heavenly6 parce que c’est une musique essentiellement écoutée par les jeunes filles et je voulais que ça fasse une corrélation avec le sujet du film qui s’adresse essentiellement à elles.

Qu’est-ce que vous aimeriez que le public conserve de ce film ?
En ce qui concerne le public japonais, je souhaitais que les filles aient plus de confiance en elles après avoir vu le film. Le message, c’est qu’on n’est pas obligé de se coller à un groupe. On peut très bien vivre sa vie tout en étant indépendant. Ce qui m’intéressait, c’était de toucher du doigt le problème de l’intégration dans un groupe. Ce n’est pas parce qu’on en est rejeté qu’on ne vaut rien. Ça m’ennuie que des filles puissent culpabiliser à cette idée. Je veux que ça leur ouvre des perspectives quant à la vie qu’elles ont envie de mener et pas forcément de leur dire de se conformer dans un moule comme la société en fait. Elles peuvent elles-mêmes se créer un moule et y vivre dedans.

Quels sont vos projets ?
J’ai déjà fait un film qui s’appelle Les mémoires de Matsuko qui sort en Japon en mai. Ça raconte l’histoire d’une femme professeur dans un collège à qui il arrive les pires avanies. Elle mène une vie paisible à la campagne et à cause de ses fréquentations, elle dégringole et finit assassinée à 50 ans. C’est l’histoire d’une déchéance. Cela se situe à l’opposé de Kamikaze Girls. C’est en grande partie parce que j’avais envie de changer de registre. Mais, malgré le ton sombre, le ton demeure bariolé. Il y a trois fois plus de plans, plus d’effets spéciaux et d’animation que dans Kamikaze Girls, c’est tout vous dire.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici