Interview : Miranda July (« Moi, toi et tous les autres »)

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Avec Moi, toi et tous les autres, caméra d’or au dernier festival de Cannes, Miranda July signe un premier long-métrage ambitieux (une chronique chorale) qui châtie les débordements lacrymaux et le ton moralisateur en imposant un style personnel à la fois empathique et distancié.

Avez-vous eu des références précises de films avant de tourner Moi, toi et tous les autres ?
Non. Vous savez, je ne viens pas du monde du cinéma. Je répondrais que ma principale source d’inspiration est notre existence avec tous les petits détails qui nous entourent, tous ces petits riens qui font les grands tous. Pour revenir à la question, il y a des cinéastes que j’admire mais je n’ai pas eu d’inspirations précises. Par exemple, lorsque j’ai travaillé avec mon directeur photo, je ne lui ai pas montré de films en particulier en lui demandant de reproduire le même effet. Ce film est si personnel que je ne saurais établir des correspondances. Quand nous résumions le film pour trouver de l’argent, on disait que c’était un film très simple sans star, un peu comme Bienvenue dans l’âge ingrat, de Todd Solondz.

Etre devant et derrière la caméra, ce n’était pas un peu dur pour une première expérience ?
En réalité, c’est très difficile parce qu’on avait un petit budget. J’avais déjà joué dans des courts métrages, fait des performances ; donc, faire l’actrice était la partie la plus facile de mon boulot. Ce qui est gênant en revanche, c’est que nous étions tellement limités que je n’avais pas le temps de visionner les rush. Par moments, j’avais l’impression de devenir dingue comme si je faisais le film mais que je ne le voyais pas. Comme si j’étais enfermé à l’intérieur.

La bande-son joue un rôle primordial dans le film. Comment avez-vous travaillé avec Michael Andrews ?
J’ai écouté la bande-son qu’il avait faite pour Donnie Darko et j’ai juste adoré. Puis, quand je l’ai rencontré, il avait déjà son propre studio. J’ai su dès le départ qu’on pourrait se sentir libres et qu’on aurait les coudées franches. J’ai travaillé avec lui sur la bande-son quasiment tous les jours et j’y ai effectivement consacré beaucoup d’importance.

Le film brasse de nombreux sujets, notamment la sexualité des enfants. Alors qu’on nage en plein politiquement correct, vous n’aviez pas peur de mettre le doigt sur un tabou ?
Je trouverais ça regrettable que ce sujet dérange les spectateurs. Le fait qu’on voit des enfants avec une sexualité dérangerait-il à ce point les gens ? C’est absurde car tout le monde est déjà passé par ce stade et sait que l’éveil commence très tôt. Pour rapporter une anecdote, des mères qui ont vu mon film n’ont pas trouvé ce rapport à la sexualité dérangeant parce qu’elles savent très bien que c’est ainsi que ça se passe. Cela m’a plu de me mettre dans la tête d’enfants ou d’adolescents confrontés à des pulsions, des envies, des désirs qu’ils ne comprennent pas. Aux Etats-Unis, le film a écopé d’un R-Rated sous prétexte que le film mettait en scène des scènes de sexe dérangeantes incluant des enfants. Il n’y a rien de fondamentalement choquant dans le film.

Sur ce sujet, on a l’impression que vous connaissez les mêmes problèmes que Todd Solondz.
Oui (sourire). Quoique les liens ne sont à mon sens pas aussi flagrants. Je ne pense pas que Moi, toi et tous les autres soit aussi dérangeant que les films de Todd qui sont construits dans le but de provoquer volontairement la société américaine et de pointer du doigt entre autres son puritanisme. Je ne sais pas si vous vous rappelez de cette scène hallucinante entre un père et son fils dans Happiness… En fait, ils ont une relation surprenante dans le film et parlent de pédophilie de manière si directe que ça en devient très glauque.

Avez-vous des points communs avec Christine, le personnage que vous incarnez ?
Oui et non. Il y a des choses en moi qu’on ne retrouve pas chez elle. Tout dépend des scènes. Par exemple, je me retrouve plus dans le personnage de Robert quand il jette Christine de la voiture. Christine est un personnage brillant, ambitieux, excentrique, comme tous les artistes. A bien des égards, j’ai pris des détails de ma propre vie pour les modeler et écrire ce personnage.

Cela a été évident de travailler avec des enfants ?
Pour la plupart des enfants qui jouent dans le film, jouer n’était pas intellectuel. Pour la petite fille par exemple, il n’y avait pas de différence. Le cas de Brandon est différent parce que quand on a six ans, on n’a pas la même attention. Vous devez l’inclure dans un jeu secret ; sinon, il peut rapidement s’ennuyer. Mais il avait cette faculté à jouer son rôle, à se projeter dans l’histoire et à vivre ce que le personnage vit. C’est pour cela que diriger des enfants s’apparentait à un challenge.

Lorsque j’ai vu le film, j’ai eu l’impression que vous aviez déjà écrit le scénario quand vous étiez une enfant, puis ado et maintenant une adulte.
Oui, ce n’est pas faux. En fait, pour être franche, depuis l’âge de 13 ans, je me suis toujours promise de faire un film sur ma vie. Et quand j’y repense, que je revois le film fini, effectivement, je me revois avec mes sentiments à ces différents âges.

Pourquoi une fin ouverte ?
Chacun donne l’interprétation qu’il veut. Je ne voulais pas qu’on finisse le film avec Richard et moi près de l’arbre. Comme j’empruntais la forme d’un film avec plusieurs sous-intrigues, je voulais aboutir à un résultat plus universel. On en pense ce qu’on veut.

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